Canicules, sécheresses, orages... La rapidité du réchauffement climatique en Europe de l’Ouest oblige les scientifiques à adapter leurs modèles.
Depuis deux ans, notre monde bascule visiblement dans le changement climatique, à coup de vagues de chaleur, de sécheresses ou encore d’orages violents. Et si les scientifiques du climat ne sont pas surpris par cette accélération qui correspond à leurs prévisions, de nouveaux résultats, publiés dans le dernier rapport du Giec en août 2021, prennent mieux en compte les observations récentes. (...)
Si les nouveaux résultats sont plus cohérents avec la réalité, l’enjeu pour les scientifiques reste de mieux comprendre pourquoi les modèles sous-estiment l’augmentation des températures à l’échelle régionale dans certaines parties du monde. Une gageure tant les mécanismes climatiques et météorologiques sont complexes.
Tornades en France
L’accélération du réchauffement va de pair avec des événements climatiques violents. (...)
Canicule en mer
Les canicules océaniques sont justement un domaine sur lequel les recherches se multiplient ces dernières années. « La science avance sur la connaissance des impacts des vagues de chaleur sur l’océan. Des résultats récents montrent que le réchauffement, bien connu en surface, s’étend aussi à des dizaines de mètres en profondeur. Nous comprenons aussi mieux les effets de ces canicules marines sur la baisse d’oxygène dans l’eau de mer et sur la modification des courants », résume Laurent Bopp, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique.
L’ampleur de la canicule méditerranéenne éclaire aussi les chercheurs sur les dégâts touchant les écosystèmes, alors que « les premiers effets sont déjà constatés : une forte mortalité des coraux, des algues et des éponges », selon Wolfgang Cramer.
Ces inondations mortelles « sont bien une conséquence du réchauffement climatique »
Ces dernières années, les sciences du climat se sont également améliorées sur l’attribution des évènements extrêmes au changement climatique. En particulier grâce au travail réalisé au sein du réseau World Weather Attribution. (...)
Du côté des émissions, les connaissances sur les sources de méthane s’affinent. Si l’Organisation météorologique mondiale mesure une hausse exceptionnelle des concentrations de méthane en 2020 et 2021, « il reste compliqué d’identifier les sources car il y a beaucoup d’émetteurs : l’agriculture, l’industrie des énergies fossiles mais aussi les processus biologiques dans les zones humides, etc. », pointe Philippe Ciais du LSCE. (...)
Mais des résultats récents permettent d’identifier un nouveau coupable. « Grâce aux images satellites, on est capable de voir de nouvelles sources. On a ainsi identifié un superémetteur de méthane, les accidents des sites gaziers et pétroliers », dit ce spécialiste des émissions, un des auteurs de l’étude publiée en février 2022 : « Ils représentent à eux seuls 10 % des émissions du secteur gaz et pétrole. Une information importante dans les bilans des émissions car ces volumes étaient attribués à d’autres sources. »
Les images satellites permettent aussi aujourd’hui de mieux estimer les changements de biomasse dans les forêts, donc leur contribution au stockage du carbone (...)
« Globalement, les quantités de carbone séquestré sont moins importantes que ce que prévoient les inventaires » (...)
Le chercheur pointe également les nombreuses publications sur les tourbières, ces puits de carbone qui stockent près de 500 milliards de tonnes de CO₂, « soit 50 ans d’émissions au rythme actuel ». Une bombe si elles étaient dégradées, notamment pour la mise en culture. (...)
Spécialiste du bilan carbone océanique, Laurent Bopp rappelle aussi que la science ne rime pas avec toujours plus de certitudes. « Les océans fixent 25 % du CO₂ dans l’atmosphère, mais l’incertitude augmente sur l’évolution de ce puits de carbone qui pourrait ne pas continuer à fixer une aussi grande proportion de CO₂ », prévient le chercheur. (...)
Concernant la cryosphère, ce qui résistait encore à la fonte a lâché. (...)
Dans l’Himalaya d’abord, l’anomalie du Karakorum n’en est plus une. « Les glaciers de cette région à la frontière entre le Pakistan, l’Inde et la Chine étaient les seuls à gagner en masse. C’est fini, ils reculent aujourd’hui comme les autres », raconte le chercheur.
Et le seul compartiment de glace qui n’était pas encore touché par le changement climatique a basculé cette année : « La couverture des glaces de mer en Antarctique, cette couche de glace qui se forme en hiver, a fortement diminuée. Cette disparition était prédite par les modèles, mais c’est la première année qu’elle est observée. »
Une catastrophe qui se précise (...)