Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Le Monde
L’industrie pétrogazière est responsable de fuites massives de méthane, un puissant gaz à effet de serre
Article mis en ligne le 5 février 2022
dernière modification le 4 février 2022

Des chercheurs ont identifié plus de 1 800 fuites de méthane entre 2019 et 2020 dans le monde, dont 1 200 attribuées à l’exploitation de pétrole et de gaz.

Jusqu’à présent, les scientifiques n’avaient connaissance que d’une poignée de fuites majeures de gaz survenant sur des installations d’hydrocarbures, deux ou trois par an tout au plus. Une étude publiée jeudi 3 février dans Science révèle une tout autre réalité, bien plus inquiétante : plus de 1 800 fuites massives de méthane ont eu lieu en deux ans (2019 et 2020) dans le monde, dont 1 200 ont été attribuées à l’exploitation de pétrole et de gaz. L’impact de ces panaches est considérable pour le climat. Il est comparable à la circulation de 20 millions de véhicules pendant un an, à l’ensemble des émissions du secteur aérien ou encore aux rejets carbonés de l’Australie depuis 2005. (...)

Une bombe climatique, car le méthane, deuxième gaz à effet de serre en matière d’abondance dans l’atmosphère, derrière le dioxyde de carbone, a un potentiel de réchauffement bien plus élevé que celui du CO2 : 82 fois plus sur un horizon de vingt ans, 29 fois plus sur cent ans. Le méthane est responsable d’un quart du réchauffement climatique depuis l’ère préindustrielle et ses émissions ont fortement augmenté ces dernières années. Plus de 60 % d’entre elles proviennent des activités humaines, principalement les combustibles fossiles, l’agriculture et les déchets.
« Fuites intentionnelles » (...)

Pour traquer et quantifier les principales fuites de méthane, ce qu’elle appelle les « super-émetteurs » ou « ultra-émetteurs », l’équipe de recherche internationale s’est associée à l’entreprise française Kayrros, spécialiste des données satellitaires pour l’énergie et l’environnement. Ensemble, ils ont analysé des milliers d’images produites quotidiennement pendant deux ans par le satellite européen Sentinel-5P. (...)

« On s’est aperçus que la majorité de ces fuites ne sont pas des accidents mais intentionnelles », avertit Thomas Lauvaux. Les scientifiques ont ainsi observé que beaucoup de fuites étaient détectées sur une seule journée, puis cessaient. « Il s’agit d’opérations de maintenance : les industriels ouvrent, par exemple, un pipeline pour le vidanger et laisser s’échapper le méthane au lieu de le récupérer ou de le torcher [brûler], ce qui le transformerait en CO2, un moindre mal », précise le scientifique. Ces émissions, dans leur majorité, ne sont pas répertoriées dans les inventaires officiels des pays puisqu’elles ne sont pas déclarées par les exploitants. (...)