Les inégalités sociales face à la santé pénalisent le plus souvent les hommes des classes populaires. L’anorexie mentale constitue une des exceptions à cette règle : ce trouble grave du comportement alimentaire, pouvant mener à la mort, menace particulièrement les jeunes filles des milieux aisés, exposées à des normes de minceur plus strictes et plus enclines à penser pouvoir maîtriser leur destin social.
Présentée en 2010 par la Haute autorité de santé comme « un enjeu de santé publique important, insuffisamment pris en compte dans notre pays » — faute de moyens consacrés à sa prévention —, l’anorexie mentale a fait l’objet d’une loi, entrée en vigueur en 2017, qui a cherché à s’attaquer aux causes sociales de ce fléau. Selon la dernière étude disponible, publiée en 2008, celui-ci avait concerné près de 5 % des jeunes Françaises de 17 ans (lire « Près de cinq pour cent des adolescentes »). Cette loi cible notamment la mode et la publicité, et vise, entre autres, à protéger la santé des mannequins. Mais s’en prendre aux secteurs qui propagent des représentations du corps féminin pathogènes fera-t-il reculer l’anorexie ? Sans doute pas autant qu’espéré. Les causes sociales de cette maladie se nichent en deçà de la surface du papier glacé (...)