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le club de Mediapart/ Geoffroy de Lagasnerie, sociologue
Grandeur de la stratégie insoumise
#greves #manifestations #retraites #AssembleeNationale #LFI
Article mis en ligne le 20 février 2023

Les 15 jours consacrés à l’Assemblée Nationale aux mesures sur les retraites ont été marqués par la stratégie des députés insoumis. Nous avons assisté pour la première fois depuis longtemps à une sorte de dérèglement méthodique de tous les rituels parlementaires pour faire entrer enfin dans cette enceinte la politique à l’état pur, la vraie, la politique non domestiquée par des formes fictives.

. Critiquée par la droite et l’extrême droite mais aussi par les fractions les plus domestiquées de la gauche (le PCF de Roussel bien sûr, les Verts et la CFDT de Laurent Berger), elle a donné naissance à un moment politique d’une intelligence stratégique profonde. (...)

L’idée de débat et d’échange parlementaire est un mythe. Toute personne qui a déjà regardé des séances de l’Assemblée nationale sait qu’aucun argument, même le plus rationnel, ne fait jamais changer le moindre vote. Pourquoi donc se soumettre à ce rituel factice ? Pourquoi ne pas plutôt utiliser le temps disponible pour mettre en question, acculer, devenir maître d’une temporalité que les macronistes voulaient "programmée". (...)

Puisque l’on sait que ces rites sont de purs mythes, autant les subvertir et faire l’usage le plus dissident possible que l’on peut de cette enceinte : exprimer la colère, demander des explications, cibler les ministres. Si personne n’a rien d’autre à opposer à la stratégie insoumise qu’un mythe politique, c’est parce que c’est elle qui porte une part de vérité.

La stratégie de la montée en tension a permis de relayer dans l’assemblée la colère qui s’exprime dans la rue. Elle a permis aussi d’empêcher les macronistes de voter tranquillement, avec bonne conscience, ces mesures de régression sociale et d’exercer, assis sur leur siège rouge, une extrême violence sur la vie des autres, avant de rentrer chez eux en ayant le sentiment du devoir accompli et d’avoir été de bons parlementaires. (...)

"Macron voulait pouvoir opposer la légitimité de l’Assemblée à celle du mouvement social avec un vote favorable de l’Assemblée nationale. Échec total."

Les macronistes voulaient contrôler le temps politique. Les insoumis ont subverti ce dispositif, ils se sont appropriés le temps - et c’est une conquête décisive.

Moment de colère, moment de sabotage, moment de montée en tension, ces 15 jours ont aussi été un moment de véridiction. (...)

Les oppositions sont trop souvent domestiquées et participent de la mystification politique et des effets de déréalisation qu’elle produit. (...)