Les nouveaux cas d’Ebola reculent progressivement au Libéria et en Sierra Leone, et les chercheurs scientifiques jouent la course contre la montre pour en apprendre le plus possible sur ce qui est d’ordinaire une maladie rare. Le docteur Jimmy Whitworth est l’un d’entre eux. (...)
M. Whitworth : Je veux stimuler une recherche plus abondante, de meilleure qualité, plus réactive et plus pertinente en matière épidémie. Je pense plus particulièrement à Ebola, mais pas seulement. Il ne s’agit pas simplement de la réponse d’urgence aux épidémies, mais aussi de la reconstruction qui suit, en veillant à ce que les systèmes de santé soient dotés de mécanismes de surveillance et soient prêts à faire face aux épidémies le moment venu. (...)
Il serait vraiment utile de collecter davantage d’informations sur les survivants d’Ebola et sur le type de séquelles à long terme associées à la maladie. Il apparaît déjà clairement que le fait d’avoir enduré une maladie aussi effrayante peut entraîner des troubles mentaux assez graves. Mais il semblerait que les problèmes musculaires, articulaires, oculaires et auditifs soient aussi relativement fréquents. (...)
L’Afrique de l’Ouest n’avait encore jamais été confrontée à Ebola. Les pays d’Afrique de l’Est, la République démocratique du Congo (qui n’est pas franchement l’endroit le mieux organisé du monde), l’Ouganda avaient tous déjà été frappés par l’épidémie et avaient su l’endiguer. Et c’est grâce à leur réactivité qu’ils ont pu le faire : ils ont su reconnaître qu’ils étaient face à une épidémie, ont appelé la communauté internationale à l’aide et ont ainsi pu l’endiguer. Le problème cette fois-ci, ça été l’inaction. Les gouvernementaux nationaux et le bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé n’ont pas réagi assez vite, et il a fallu attendre plusieurs mois avant que l’alerte soit donnée. (...)
: Pour des questions de sécurité internationale, je crois qu’il est important que tous les pays du monde soient dotés de services de santé publique et affichent des niveaux de préparation, de suivi, de reconnaissance et d’intervention permettant de faire face aux épidémies. Ça implique notamment de savoir reconnaître lorsque la situation est suffisamment grave pour faire appel à une aide extérieure. Nous devons aussi admettre qu’il existe d’autres pays sur Terre dont les services de santé publique sont tout aussi faibles, et veiller à ce qu’ils soient renforcés car s’ils sont vulnérables alors, honnêtement, nous le sommes tous. (...)
Le rôle et l’action de l’OMS ont été critiqués dans cette épidémie. Nous avons clairement besoin d’un organe supranational responsable de la santé et de coordonner les activités à travers le monde. Et si ce n’est pas l’OMS, alors qui donc ? Si l’OMS n’a pas agi comme il aurait fallu cette fois-ci, puisqu’elle est l’incarnation de l’ensemble des gouvernements nationaux, ces gouvernements auraient dû l’appuyer davantage en lui fournissant les ressources nécessaires à la mise en place du type d’intervention approprié. Je ne crois pas qu’il faille changer d’organe ; nous devons simplement mieux soutenir l’OMS.