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France 24
Des Irakiens déterminés à manifester jusqu’à "la chute du régime"
Article mis en ligne le 28 octobre 2019

Une frange de la population déterminée face à un pouvoir irakien en sursis. Les manifestations anti-gouvernementales se sont propagées en Irak, où les protestataires, en dépit de la répression, comptent obtenir gain de cause.

Le mouvement de contestation sociale et politique qui secoue l’Irak depuis le 1er octobre se durcit et gagne en ampleur. Alors que la répression des manifestations a provoqué jusqu’ici, selon un bilan officiel, la mort de 239 personnes, en majorité fauchées par des tirs à balles réelles, la mobilisation se poursuit à Bagdad, et dans le sud du pays. Cinq personnes ont été tuées lundi 28 octobre à Bagdad, a annoncé la Commission gouvernementale des droits de l’Homme.

Face à la pression de la rue, l’armée irakienne a décrété, dans la journée, un couvre-feu nocturne dans la capitale, où la place Tahrir de Bagdad, épicentre d’une contestation d’un niveau inédit, est désormais occupée jour et nuit et couverte de tentes.

"La situation chaotique risque d’empirer d’autant plus que les manifestants font face à une violence extrême de la part du pouvoir, même si ce n’est pas la première fois que des mouvements de protestation sont réprimés aussi durement dans ce pays", prévient Zaid al-Ali, ancien conseiller de l’ONU en Irak et auteur de l’essai "La Lutte pour l’avenir de l’Irak" (Yale University Press), interrogé par France 24.

Dans la matinée, malgré les avertissements des autorités, des milliers d’étudiants et d’écoliers ont envahi les rues irakiennes, tandis que le syndicat des enseignants a annoncé "quatre jours de grève générale", à partir de lundi. Dans plusieurs provinces du Sud, où les protestataires s’en sont pris aux institutions et à des permanences de partis politiques et groupes armés, fonctionnaires, syndicats, étudiants et écoliers ont manifesté et entamé des sit-in.

Même la province multiethnique de Diyala, frontalière de l’Iran, a fini par rallié ce mouvement contestataire, apolitique et dépourvu de leader. L’AFP rapporte que deux membres du Conseil provincial ont démissionné et des piquets de grève ont bloqué administrations et universités. (...)

"Nous avons perdu notre pays, nous ne voulons pas de terre, de l’électricité ou de l’eau, on veut être libres et nous voulons renverser ce gouvernement", résume l’un des manifestants interrogés à Bagdad par les correspondants de France 24 en Irak.

"Plus personne en Irak ne croit aux promesses de réformes émises par le pouvoir, il y a déjà eu des annonces similaires dans le passé mais aucune mesure n’a été appliquée, indique Zaid al-Ali. Il faut s’attendre à ce que ce mouvement perdure, pendant plusieurs jours, voire des semaines car seul un bouleversement ou une décision majeure peut calmer la rue, mais rien n’indique que cela est sur le point d’arriver, car la classe politique, qui ne perçoit pas pour l’instant de menace existentielle contre le système qu’elle a mis en place, refuse de réformer". (...)

Selon Transparency International, l’Irak occupe la douzième place du classement des pays les plus corrompus au monde. (...)

Confronté au mécontentement croissant de la population, le Parlement se déchire alors que la fragile majorité parlementaire du Premier ministre semble plus que jamais dans l’impasse. (...)