Les milliardaires Albert Frère et Paul Desmarais sont au cœur d’une enquête hors norme. Dans “Les Prédateurs – Des milliardaires contre les États”, les journalistes Denis Robert et Catherine Le Gall dénoncent le mode opératoire de deux géants de la finance à travers des affaires qui ont fait trembler les pouvoirs.
Que pouvaient bien faire deux magnats belge et canadien à la sauterie organisée au Fouquet’s par Nicolas Sarkozy pour célébrer son élection ? Après trois ans d’enquête, la précieuse rencontre entre les journalistes Catherine Le Gall et Denis Robert – tous deux coutumiers d’affaires retentissantes sur l’univers de la banque* – porte un coup à la fiction d’une finance “sans visage”. Au menu, chaîne de hamburgers à prix d’or, pétrole de raffinerie obsolète et mines d’uranium inexploitables. Le tout servi sous une épaisse fumée de Gaz de France.
Les Prédateurs – Des milliardaires contre les États, l’ouvrage qu’ils cosignent aux éditions du Cherche-Midi, est une plongée édifiante dans les réseaux et les coups montés par les actionnaires de sociétés aux multiples filiales et aux noms éphémères. L’ombre de deux “apôtres du capitalisme financier”, le Belge Albert Frère et le Canadien Paul Desmarais, plane sur trois affaires dans lesquelles, in fine, les États finissent par éponger. (...)
Aux commandes de diverses sociétés, les milliardaires Albert Frère et Paul Desmarais parviennent à revendre dans les deux cas à un prix exorbitant une société à une entreprise publique, notamment par l’intervention d’“experts financiers pour surévaluer la valeur des sociétés et leur potentiel de développement” (...)
Compromission
“Que les prédateurs ou les milliardaires essayent de nous faire les poches fait partie du jeu, estime Denis Robert. Par contre, la faiblesse des États et la compromission des politiques ou des hauts fonctionnaires à la manière où on le décrit devraient nous faire réfléchir à comment se prémunir et ce qu’il faut mettre en place pour contrôler et arriver à une justice plus indépendante.” La justice française, à deux reprises, a tourné le dos à l’affaire Quick. En 2007, une plainte de Jean-Marie Kuhn est classée sans suite en seulement deux semaines. Une équipe d’enquêteurs menée par une magistrate belge s’y intéressera un moment, jusqu’à ce que celle-ci soit mutée.
“La justice belge a fait beaucoup plus que la justice française. Il y a là un flagrant délit d’injustice française, poursuit Denis Robert, interrogé par Le Lanceur. (...)
Problème politique”
“Le problème que pose le livre est le problème politique vécu en ce moment. Il y a une vision noire et pessimiste avec, par exemple, le scénario brésilien, complète l’auteur. Contrairement à la France, la justice a fait le job. Des dizaines de politiques et un président en exercice ont été mis en prison. Ils ont fait le ménage et ça a amené l’extrême droite, car la gauche est apparue complètement compromise. Albert Frère n’a pas du tout été inquiété, il est suffisamment malin pour faire les choses dans la légalité. Mais aussi parce qu’il parie sur le fait que la justice n’ira pas lui chercher trop de poux. Et il a raison”, déplore Denis Robert. (...)
Denis Robert sera présent aux côtés du Lanceur, avec Karim Ben Ali, pour une rencontre ce jeudi 15 novembre à 20h au cloître des Récollets, à Metz (1 rue des Récollets).
L’événement est gratuit et ouvert à tous, sur inscription à rencontres chez lelanceur.fr ou sur notre événement Facebook.