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Huffington Post
Coronavirus : journal de bord d’une contamination
Article mis en ligne le 31 août 2020

Camille a été contaminée lors d’une soirée dans un bar parisien. Elle raconte au HuffPost, sous forme de journal de bord, comment elle a appris sa contamination au bout de dix jours.

Samedi 1er août

Nous sommes samedi soir, le mois d’août débute à peine. Après des mois de galères professionnelles dues au coronavirus, je suis enfin en vacances pour deux semaines. Bien décidée à me vider la tête, je choisis avec des copains d’aller prendre un verre et écouter de la bonne musique dans un bar à Bastille.”

Quand nous arrivons sur place, le vigile à l’entrée du bar explique d’ailleurs avec insistance l’importance du port du masque “OBLIGATOIRE” à l’intérieur de l’établissement. Il précise toutefois que l’on a le droit de l’enlever une fois assis à notre table. Dans le bar, entourée par les autres clients, je me sens vite rassurée par cette nouvelle mesure. Je constate que la consigne est plutôt bien respectée, les clients et les membres du personnel sont masqués.

La soirée avance, les verres s’enchaînent et les gens se détendent. Certains dansent dans leur coin et d’autres oublient peu à peu leurs masques. Les uns vont aux toilettes sans le mettre, les autres se croisent et discutent, le masque porté sur le menton. Musique oblige, il est déjà difficile de s’entendre, alors avec quelque chose devant la bouche…

Dehors je suis mes amis fumeurs. Le vigile en rappelle certains à l’ordre : “Hé ! Le masque !”. Un oubli, ça va vite. Plus tard dans la nuit, notre groupe se disperse et on rentre chez nous en Taxis. Chacun le masque sur le nez.

Lundi 3 août

C’est lundi, ma sœur et sa fille de 2 ans arrivent chez moi pour quelques jours de vacances. Comme de nombreux enfants, ma nièce est très tactile : c’est l’effusion de câlins, bisous et jeux en tout genre. Elle s’en donne à cœur joie, elle qui, il y a quelques jours encore, était épuisée par une angine blanche.

Mercredi 5 août

Un test Covid n’est pas necessaire, je ne vais pas vous embêter avec ça"Mon médecin traitant

Voilà deux jours que les filles sont chez moi. Ayant tendance à attraper facilement les maladies de ma nièce, je ne m’inquiète pas outre mesure lorsque je commence à ressentir un état grippal. Je pense à son angine blanche.

Je prends quand même rendez-vous chez le médecin, qui me reçoit rapidement, dans l’après-midi. Après auscultation, ce dernier diagnostique la fameuse angine.

Par précaution, je lui demande s’il peut me prescrire un test Covid, au cas où. Cela me semble important puisque j’ai prévu de rendre visite à mes parents le week-end qui suit.

La réponse est nette :

 “Non, ce n’est pas nécessaire, ça ne ressemble pas tout à fait à un Covid”.

J’insiste encore un peu, j’ai peur de louper quelque chose.

 “Pour le moment je ne vous embête pas avec ça”, me répond-il très sûr de lui.

Il me prescrit des antibiotiques et se dirige vers la porte, signifiant que la discussion est close. Il me précise tout de même au dernier moment qu’il part en vacances plusieurs semaines et laisse son numéro personnel en cas de problème. C’est lui le spécialiste après tout, il sait ce qu’il fait.

Jeudi 6 août

On est jeudi et mon état ne s’améliore pas. En fait, il empire même. Le thermomètre indique un petit 38°C. Depuis des heures j’alterne entre bouffées de chaleur et frissons glacés, je suis essoufflée et très fatiguée. Toutefois je me rappelle les paroles du médecin : les effets de l’antibiotique ne vont se faire sentir qu’au bout de 48h. Je prends mon mal en patience. Foutue angine.

Enfin… Angine, vraiment ? Quelques heures plus tard, le premier doute m’assaille. En parlant avec des amis présents à la soirée de samedi, j’apprends que l’un d’entre eux a peut-être été le cas contact d’une personne positive. Dans le doute et par précaution, nous décidons de faire chacun un test Covid.

Je regrette de ne pas avoir davantage insisté auprès du médecin pour obtenir une ordonnance. Me voilà en train de galérer sur internet pour comprendre quels tests sont remboursés sans ordonnance. Au final, un laboratoire m’informe que le test par PCR est gratuit et qu’on peut me recevoir le lendemain matin à la première heure. Banco.

Vendredi 7 août

Il est 8h du matin, je suis en plein milieu d’un parking, assise sur une chaise à roulette et une femme en blouse m’enfonce un énorme coton tige au fond du nez. Je me sens bête. Ce n’est pas vraiment les vacances que j’imaginais. Pour ne pas arranger les choses, mon état ne s’améliore toujours pas.

L’infirmière me dit que j’aurai la réponse de mon test sous trois à quatre jours. “TROIS OU QUATRE JOURS ?” Pourquoi autant de temps alors que certains de mes amis ont eu le leur sous 24 heures ?

 “C’est comme ça. Nos biologistes ne travaillent pas le week-end et nous avons beaucoup de demandes à traiter”, me dit-on.

Voilà qui ne m’arrange pas du tout, je dois partir une semaine dans le sud de la France dès lundi soir. Je croise les doigts pour avoir une réponse avant de prendre le train.

Dans cette optique là, je dois d’ailleurs déposer mon chat chez mes parents, afin qu’il ne soit pas seul pendant ma semaine de congés. Gardant espoir, je décide de partir les voir en Normandie. Notons que s’il n’avait pas fallu faire garder mon chaton, je n’y serais pas allée.

Une fois chez mes parents, je prends mes distances. Même si je ne tousse pas et n’ai pas les principaux symptômes du Covid-19, je ne compte pas non plus leur refiler mon angine. Pas de bisou, pas de câlins, ni d’embrassade. Et ça me coûte, je ne les vois pas très souvent.

Samedi 8 août

Faisons un état des lieux ce matin :

Les plus : Je n’ai plus de fièvre...et c’est tout.

Les moins, en revanche, commencent à s’accumuler : Une toux a commencé à apparaître et à forcir. Ma cage thoracique est oppressée. La canicule m’achève et je me sens amorphe.

Pour ne rien gâcher au plaisir, les premiers tests de mes amis commencent à arriver. Si certains sont négatifs, malheureusement d’autres sont positifs. L’inquiétude fait son nid dans mon estomac. Mais je me dis que je suis peut-être passée entre les mailles du filet… Qui sait ?

Le soir je décide d’aller au restaurant avec deux amies. Nous choisissons une table en extérieur, elles à un bout de la table, moi à l’autre, enlevant à peine mon masque pour manger. De toute façon je suis déçue, mon plat et mon cocktail sont fades. Ce restaurant italien n’était pas fameux.

Dimanche 9 août

Mes derniers espoirs s’envolent : je ne sens plus rien. Rien du tout (...)

Lundi 10 août

Après des mois à entendre parler du ’nouveau coronavirus’, il devient enfin concret. Je fais sa rencontre personnellement

L’attente est insoutenable et me ronge le cerveau. Dès l’ouverture du laboratoire, je dégaine mon téléphone et compose le numéro.

 “Vous êtes positive au Covid-19”, m’annonce-t-on.

J’avais beau m’y attendre, c’est la douche glacée. (...)

Je prends mes affaires et le premier train pour rentrer à Paris. Une sorte de paranoïa s’empare de moi : j’ai peur de parsemer, disperser, brumiser le Covid tout autour de moi. Je me fais toute petite sur mon siège en essayant de m’isoler le plus possible.

Enfin arrivée chez moi, j’appelle mon médecin pour connaître la marche à suivre. Pas de réponse. Je réitère, deux fois. Rien. Heureusement qu’il est disponible en cas d’urgence.

En fin de journée je finis par appeler le 15. Je suis perdue, je n’ai pas l’habitude de composer ce numéro, il est pour moi synonyme d’événements graves. La personne au bout du film m’explique calmement que, comme j’ai une forte toux, il faut que j’aille aux urgences ou chez un médecin le plus rapidement possible.

Ne jugeant pas mon cas urgent je décide de prendre rendez-vous avec un médecin généraliste conseillé par une amie. La consultation est prise pour le lendemain.

Dans la foulée, mon copain, qui était lui aussi à la soirée, m’apprend qu’il est également positif. Le confinement à deux nous semble la meilleure option.

Mardi 11 août

Voilà onze jours que j’ai été contaminée. Ici commence mon premier jour de quatorzaine.

Le médecin m’a rassurée en me disant que je n’avais pas de complication apparente, mais qu’il fallait faire un scanner thoracique pour confirmer l’absence de lésions. Il m’a prescrit de la ventoline pour soulager mes bronches. Il a également contacté l’assurance maladie pour déclarer mon cas. Cette dernière m’a appelé plusieurs fois pour déterminer avec qui j’ai été en contact dernièrement.

Ma sœur vient de m’appeler pour m’informer que ma nièce a été testée positive au coronavirus, mais pas elle-même. Son compagnon oui en revanche. Ainsi que ma mère. Ces derniers ont été infectés par ma nièce. Grosse culpabilité.

Je ne peux m’empêcher de me dire que si mon médecin m’avait écoutée, peut-être que j’aurais pu faire un test Covid plus rapidement et être mise en quarantaine plus tôt. Peut-être.

J’apprends aussi dans la foulée que nous sommes une quinzaine à l’avoir attrapé lors de la soirée de samedi dernier. (...)

Le cheminement pour créer un cluster ne me semble plus si compliqué désormais.