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Cellule antizad : Darmanin accroît la criminalisation des écologistes
#ZAD #Darmanin
Article mis en ligne le 17 avril 2023
dernière modification le 16 avril 2023

Début avril, Gérald Darmanin annoncait la création d’une « cellule antizad ». Un dispositif qui s’inscrit dans la lignée de la politique du gouvernement visant à criminaliser les militants écologistes.

« C’est fini : plus aucune zad (zone à défendre) ne s’installera dans notre pays. Ni à Sainte-Soline ni ailleurs », a affirmé le ministre de l’Intérieur dans les colonnes du Journal du dimanche le 1e avril. Fustigeant « la complaisance » des politiques vis-à-vis de la « nébuleuse extrêmement violente et dangereuse » de « l’ultragauche », Gérald Darmanin a donc annoncé la création d’une « cellule antizad » au sein même de son ministère.

Les contours de cette « cellule antizad », qui doit voir le jour le 1er septembre, sont encore flous. Celle-ci, composée de cinq juristes, aurait pour mission d’accompagner les préfets en cas de recours juridiques pour empêcher toute installation de campements.

Pourtant, à ce jour, très peu de zad existent en France. Même à Sainte-Soline, où les manifestations contre les mégassines se multiplient ces derniers mois, il n’a jamais été question d’en établir une, assure Basile, militant des Soulèvements de la Terre : « La texture du projet ne s’y prête tout simplement pas puisqu’il s’agit avant tout d’un nuage de points et pas d’un aplat de territoire délimité, comme cela est le cas pour un aéroport. »

Criminaliser les rassemblements

Le dispositif antizad vise à aller plus loin que les cellules existantes dédiées au renseignement sur les mouvements écologistes. « On passe un cran au-dessus », alerte Joël, militant mobilisé contre le projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, qui y perçoit « une forme de police politique » : « Il ne s’agit pas seulement d’une cellule d’investigation puisqu’elle vise à créer des cadres légaux. » (...)

Pour l’avocat Vincent Brengharth, spécialiste de la désobéissance civile, le dispositif s’apparente à « une forme de justice dérogatoire » à l’encontre de la contestation citoyenne « à mi-chemin entre le préventif et le répressif ». « Toutes les libertés fondamentales peuvent être bafouées, prévient de son côté Stéphane Vallée, qui a défendu des activistes de la zad de Notre-Dame-des-Landes. Il s’agit d’une mesure politique visant à criminaliser des personnes rassemblées dans un but commun en empêchant la création de pôles de contestation. »

« Un visage extrêmement répressif » (...)

Selon le Journal du dimanche, 42 projets, recouvrant des modes de contestation très divers, seraient scrutés de près par l’Intérieur. Parmi eux, quatre sites sont classés rouge : les mégabassines de Sainte-Soline, l’écoquartier des maraîchers à Dijon, le centre industriel de stockage géologique des déchets radioactifs de Bure, ainsi que la zone du contournement routier A69 entre Castres et Toulouse.

« À travers cette carte, il s’agit de faire la différence entre la bonne et la mauvaise écologie. Il faut y voir une volonté de détruire l’ensemble des actions de défense de l’environnement quels qu’ils soient », dit Sylvaine Bulle, qui y perçoit une distinction éminemment politique. (...)

Multiplication des stratagèmes de surveillance

La cellule antizad souhaitée par Darmanin s’inscrit dans la lignée de la multiplication des moyens de surveillance des militants écologistes. (...)

Dans la Meuse, une cellule « Bure » a été créée visant spécifiquement les opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo. Résultat : des dizaines de personnes ont été placées sur écoute, un millier de discussions ont été retranscrites et plus de 85 000 de messages ont été interceptés, comme l’ont révélé Reporterre et Mediapart. (...)

L’échec du recours à la force

Mais chaque fois que les ministres de l’Intérieur ont recouru à la force, cela s’est soldé par un échec. (...)