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Canicules, sécheresse, incendies... Après cet été, la prise de conscience du réchauffement climatique va-t-elle faire long feu ?
Article mis en ligne le 28 août 2022
dernière modification le 27 août 2022

Le déni est une mécanique de protection répandue face à des événements anxiogènes. Mais quand elle arrive, la prise de conscience individuelle ne fait pas tout, s’accordent à dire une climatologue, un psychologue et un historien.

En regardant leur thermomètre dépasser, pour la première fois, 39 degrés à Brest, en juillet, les Bretons étaient sous le choc. Même stupeur dans le Maine-et-Loire, connu pour sa douceur angevine, où plus de 1 500 hectares de forêt sont partis en fumée au mois d’août. Cet été 2022, les événements extrêmes se sont accumulés dans l’Hexagone. Non sans effets sur la faune, la flore, mais aussi la population : en Corse, de violents orages ont provoqué la mort de cinq personnes, le 18 août. Certaines communes ont affronté des pénuries d’eau potable, des agriculteurs ont perdu une partie ou la totalité de leur récolte. Et 10 millions de logements sont concernés par des risques de fissures en raison de la sécheresse.

De plus en plus de Français sont ainsi directement confrontés aux effets du réchauffement climatique. Mais à l’approche de la rentrée, entre les préoccupations autour du pouvoir d’achat, de l’énergie et le retour de températures plus clémentes, cette prise de conscience va-t-elle perdurer ?
"Davantage de personnes posent des questions"

Si l’on s’en réfère au dernier baromètre de l’Agence de la transition écologique (Ademe) paru en octobre 2021, le niveau d’alerte des citoyens n’a pas vraiment varié ces dernières années. (...)

en quinze ans, la part des personnes convaincues que les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles d’ici une cinquantaine d’années n’a quasiment pas bougé, passant de 60 à 64%.

Cet été peut-il néanmoins marquer un tournant ? Les Français ont été exposés à quatre risques, "la chaleur extrême, la chute des rendements agricoles, la pénurie d’eau et des effets pour notre santé et les écosystèmes terrestres et marins", liste Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en sciences du climat à l’Université Paris-Saclay (Essonne). (...)

“Le climat s’est invité sur les lieux de vacances. Les événements cet été ont laissé des empreintes sur des paysages que les gens aiment. Ils ont montré à quel point on est exposés et vulnérables. (...)

certaines personnes touchées personnellement par le réchauffement climatique pourraient ouvrir les yeux, et accepter la réalité. Mais la plupart campent sur leurs positions : les convaincus, les inquiets, se sentent "davantage convaincus", et les gens "qui sont dans une forme de déni attendent simplement que ça passe". Or, le déni a une fonction : "Nous protéger."

"Comme l’esprit a horreur de l’incertitude et de l’inquiétude — ils coûtent en énergie sur le plan émotionnel et cognitif, et nos ressources sont limitées — la tendance est d’essayer de passer à autre chose."
Oscar Navarro, professeur en psychologie sociale et environnementale, à franceinfo
(...)

Ce déni est facilité par la manière dont les informations sont perçues dans nos sociétés contemporaines, poursuit-il. L’émotion est vive, omniprésente, tandis que la compréhension est souvent reléguée au second plan. Ainsi, l’attention captée par les catastrophes naturelles un jour peut se déplacer dès le lendemain vers d’autres sujets, comme la crise économique ou la crise sanitaire.

Reste que les événements anxiogènes liés au réchauffement climatique se multiplient ces derniers temps. Et "quand cette stratégie [du déni] ne fonctionne plus, intervient alors le risque de tomber dans la dépression", avertit Oscar Navarro.
Une conscience ancienne, oubliée

L’être humain est pourtant conscient depuis un long moment des dangers du réchauffement climatique. (...)

Le piège de l’individualisation des responsabilités

L’historien n’emploie jamais le singulier quand il parle. "Il serait naïf de se dire que si les gens prennent conscience du réchauffement climatique, les choses vont changer. Entre les deux, il y a quelque chose : la société, avec des mécanismes politiques, économiques, géopolitiques puissants", considère-t-il. Un avis partagé par la climatologue Valérie Masson-Delmotte et le psychologue Oscar Navarro. Sans vouloir décourager les écogestes du quotidien, ils alertent contre le travers d’individualiser systématiquement la prise de conscience et les responsabilités d’action en matière de climat. "En ramenant tout à l’individu, on dépolitise le sujet", estime l’historien. (...)

Que faire, alors, dans un contexte où "beaucoup de personnes sont déçues de l’incapacité de l’Etat à répondre aux enjeux environnementaux" ? Fabien Locher attire l’attention sur la multiplication d’initiatives à l’échelle locale. "C’est dans les villes, dans les territoires que sont portées aujourd’hui les luttes politiques les plus intéressantes, les plus inventives", conclut-il.