Après l’incendie de Rouen, les autorités se sont lancées dans une frénésie d’échantillonnage où tout doit être contrôlé. Tout, sauf semble-t-il les victimes directes de la catastrophe, note, dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».
Le 10 juillet 1976, non loin de Seveso, dans le nord de l’Italie, une explosion secoue une usine de production de substances chlorées destinées à la pharmacie. Un nuage de dioxine (dite TCDD 2,3,7,8) se disperse sur une zone de 18 km2, provoquant des troubles passagers mais aucun décès. Deux semaines plus tard, sous l’impulsion d’un jeune médecin de la région, Paolo Mocarelli, des milliers d’échantillons sanguins étaient prélevés sur les personnes exposées et conservés en chambre froide.
Interrogé sur les décisions à prendre après une catastrophe industrielle comme celle de Lubrizol, M. Mocarelli l’assure : passé l’urgence, prélever des échantillons sanguins sur les populations concernées est « la première chose à faire ». Sans cela, ajoute-t-il, il est impossible d’espérer connaître les conséquences à long terme de la catastrophe, en mettant en regard les résultats des analyses menées sur les individus avec leur destin sanitaire – voire celui de leurs enfants.
Sans cela, comme le note malicieusement l’épidémiologiste Rémy Slama dans son livre Le Mal du dehors (Quae, 2017), on pourrait continuer à penser que la seule victime, indirecte, de l’accident de Seveso, a été l’ancien directeur de l’usine, assassiné par un groupe proche des Brigades rouges en 1980.
« Un programme à long terme de surveillance sanitaire » (...)