À l’hôpital, la contestation de la réforme des retraites s’ajoute au problème des conditions de travail et de pénibilité. Reportage auprès des premières concernées.
Comment le système de retraites que le gouvernement promet va-t-il prendre en compte la pénibilité du travail à l’hôpital ? « Peu », et « mal », répondent des aides-soignantes, infirmières, manipulatrices radio et agentes des services hospitaliers (ASH, en charge du nettoyage) de l’hôpital de Saint-Malo, dans le nord de la Bretagne. Réunies pour échanger à propos de la réforme des retraites que le gouvernement essaie de faire passer en force, elles se disent atterrées par le mépris pour leur métier, et par l’ignorance de leur travail quotidien. Très inquiètes pour leur avenir, en particulier pour les plus jeunes d’entre elles, elles sont bien décidées à ne pas se laisser faire.
« Edouard Philippe, je l’ai écouté jusqu’au bout mercredi dernier, lance Violette, infirmière de bloc opératoire (Ibode) depuis plusieurs années. Et bien, il n’a rien dit sur nous, il a parlé surtout des cheminots et des enseignants. J’ai l’impression qu’ils se moquent de nous, tous. Ils savent qu’on ne peut pas fermer l’hôpital, et cela nous dessert dans le rapport de force. » « Nous sommes les petites mains que les ministres oublient toujours », pense de son côté Suzanne, 52 ans, agente de services hospitaliers (ASH) [1].
« Le grand thème oublié, pour nous, c’est la pénibilité du travail hospitalier » (...)
Le premier ministre promet le contraire de ce qu’il va mettre en place
Lors de son discours de présentation du système universel de retraites mercredi dernier, Édouard Philippe a pourtant bien parlé de pénibilité, en promettant pour ceux qui exercent des métiers usants de partir deux ans plus tôt que les autres. Si l’on en croit le premier ministre, certains agents hospitaliers pourraient avoir accès au compte professionnel de pénibilité (le C2P), pour le moment réservé aux salariés du secteur privé. Mis en place en 2016, le C2P permet aux salariés d’accumuler des points qui financent des formations en vue d’une réorientation, un passage à temps partiel en fin de carrière sans baisse de la rémunération, ou un départ anticipé à la retraite de deux ans.
Sur le terrain, les soignants ont du mal à comprendre comment de telles mesures pourront être financées avec une enveloppe budgétaire constante. Et surtout, ils et elles s’insurgent contre « les mensonges » du premier ministre. Selon Édouard Philippe, la réforme qu’il propose va permettre à près d’un quart des aides-soignantes à l’hôpital de partir plus tôt. « Mais pour le moment, la plupart des aides-soignantes et une partie des infirmières peuvent partir dès 57 ans, sous certaines conditions », précise Servane, ASH à Saint-Malo et représentante du syndicat Sud santé [3].