Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
Affaire Legay : un commissaire divisionnaire mis en examen
Article mis en ligne le 11 décembre 2020

Le commissaire Rabah Souchi, à la tête des opérations de maintien de l’ordre le 23 mars 2019, à Nice, a été mis en examen au mois de novembre pour complicité de violences volontaires, selon nos informations. L’IGPN lui reprochait d’avoir mené une charge « disproportionnée ».

L’affaire Geneviève Legay, du nom de cette femme de 73 ans gravement blessée lors d’une charge de police contre un rassemblement de « gilets jaunes » à Nice, le 23 mars 2019, vient de franchir un pas important sur le plan judiciaire.

Le 9 novembre dernier, le commissaire divisionnaire Rabah Souchi, à la tête des opérations de maintien de l’ordre ce jour-là, a été mis en examen pour « complicité, par ordre ou instruction, de violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » par un juge d’instruction lyonnais, d’après les informations de Mediapart.

À ce stade de l’enquête, la justice estime disposer d’indices suffisamment « graves et concordants » à son encontre pour engager sa responsabilité pénale. De son côté, le commissaire Souchi, présumé innocent, maintient avoir agi conformément à la loi. Son avocat, Laurent-Franck Lienard, annonce qu’il contestera cette mise en examen devant la chambre de l’instruction. (...)

Face au juge d’instruction, Rabah Souchi a soutenu qu’il avait appliqué « la doctrine écrite du ministère de l’intérieur » et obéi à « la décision du préfet » des Alpes-Maritimes, Georges-François Leclerc, telle qu’elle lui a été « répercutée par le directeur départemental de la sécurité publique », Jean-François Illy, à 11 h 10 : disperser la cinquantaine de manifestants présents, « libérer la place » pour que les transports en commun et le trafic routier puissent reprendre.

« Nous attendons impatiemment les auditions du directeur départemental et du préfet, commente Arié Alimi, avocat de Geneviève Legay. La responsabilité des donneurs d’ordre et notamment des préfets doit systématiquement être recherchée dans les dossiers de violences policières. C’est l’une des voies qui permettra de les tarir. Ils doivent savoir qu’ils ne seront désormais plus couverts par la justice. »

À travers cette deuxième mise en examen – après celle d’un autre policier présent sur le terrain –, le juge d’instruction a tiré les conséquences logiques de l’enquête menée par l’IGPN.

Le 9 avril dernier, la « police des polices » concluait à une charge « disproportionnée » et pointait la responsabilité du commissaire Souchi. Selon l’IGPN, les ordres qu’il a donnés ce jour-là « se caractérisent par un manque de clarté et un aspect directif » et se sont « avérés inadaptés », en particulier « lors de la charge effectuée […] au cours de laquelle Madame Legay a été poussée ». « Je ne suis pas d’accord avec leur analyse », a tout de même fait savoir le commissaire Souchi au juge. (...) (...)

Le rapport de l’IGPN donnait raison au capitaine de gendarmerie mobile qui, le jour des faits, avait refusé de participer à la charge ordonnée par le commissaire Souchi et d’engager son escadron composé de près de 60 hommes, comme Mediapart l’avait révélé (...)

Dès le 23 mars 2019, le capitaine H. avait alerté ses supérieurs sur la charge « brutale et violente » qui venait de se produire, en « totale disproportion et nécessité face à une foule d’une trentaine de personnes assez âgées, très calmes ». Il décrit ce jour-là Rabah Souchi comme un commissaire « presque dangereux », qui « hurle » et ordonne de « triquer du manifestant », c’est-à-dire de leur mettre des coups de bâton. (...)

S’il assume d’avoir donné l’ordre de charger, le commissaire Souchi estime que les « commandants de la force publique » présents, c’est-à-dire les gradés qui dirigeaient la compagnie d’intervention (CDI) et la brigade anticriminalité (BAC), étaient responsables des moyens employés par leurs troupes respectives.

Le capitaine B., à la tête de la CDI, a pourtant regretté, au cours de l’enquête, de ne pas avoir été consulté par Rabah Souchi. (...)

Le commissaire Rabah Souchi, qui n’a jamais été suspendu, a reçu une médaille de la sécurité intérieure à l’été 2019 pour sa gestion du mouvement des « gilets jaunes ».