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Mediapart
À l’Assemblée, le dilemme de la gauche : s’éviter un vote sur les 64 ans ou défier la majorité ?
#greves #manifestations #retraites #AssembleeNationale
Article mis en ligne le 8 février 2023
dernière modification le 7 février 2023

Une partie des députés de la Nupes considère que la mise au vote de l’article 7 du projet de loi, sur le report de l’âge légal, est un pari risqué. Leur idée : faire durer les débats pour l’esquiver. D’autres veulent y aller, espérant une bonne surprise à l’arrivée.

C’est la clé de voûte de la réforme, le point qui cristallise toutes les colères. Logé au centre du projet de loi défendu par le gouvernement, l’article 7 prévoit d’allonger de 62 à 64 ans l’âge légal de départ à la retraite. Un article qui, depuis l’annonce de la loi par le gouvernement, conduit la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes) à réclamer à cor et à cri le retrait pur et simple du texte.

Or, paradoxalement, l’examen de l’article 7 pose un cas de conscience à la gauche. Au point que, depuis deux semaines, le débat s’est invité dans les réunions de l’intergroupe (qui rassemble La France insoumise, le Parti socialiste, Europe Écologie-Les Verts et le Parti communiste français) de la coalition. Faut-il accélérer les discussions dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour examiner le plus vite possible le cœur de la réforme ? Ou au contraire, louvoyer et temporiser, afin de s’épargner un vote défavorable qui pourrait entamer la belle dynamique du mouvement social ? (...)

Il faut dire que la Nupes dispose d’un avantage de taille dans la guérilla parlementaire qui s’annonce : forte de ses 18 000 amendements déposés, elle peut soit faire durer les débats en les défendant un par un, soit les raccourcir en décidant, entre deux séances, de renoncer à des pans entiers d’entre eux.

Alors, accélérer ou décélérer ? (...)

Le pari du vote

Pour les pro-vote, une chose est sûre : débattre dans l’hémicycle de l’allongement de l’âge permettra de déployer leurs arguments et de décliner les conséquences concrètes de la réforme sur la vie quotidienne des Français. Une façon d’armer l’opinion et de contribuer à amplifier la mobilisation, qui fait partie intégrante de la dialectique du « dedans-dehors » théorisée par la Nupes pour mener la bataille.

D’autant que, croit-on chez les défenseurs de cette stratégie, il n’est pas exclu qu’aller au vote réserve une bonne surprise à l’arrivée. Alors que le malaise a gagné les troupes de la majorité et de ses alliés – notamment au sein du groupe Les Républicains (LR), où plusieurs députés affichent désormais clairement leur opposition à la réforme –, il serait regrettable de ne pas tenter de profiter de ce contexte propice pour pousser les députés à se positionner. (...)

S’éviter le vote

Mais le pari de la victoire implique aussi de s’exposer à un potentiel échec. D’où l’argumentaire développé par l’autre camp, où l’on avance qu’aller au vote sur l’article 7 serait faire preuve d’imprudence, et reviendrait, in fine, à risquer de « désespérer Billancourt », pour reprendre la fameuse maxime sartrienne.

En cas de défaite de l’opposition dans l’hémicycle, l’exécutif aurait ainsi beau jeu de crier victoire, quand bien même le scrutin ne serait pas représentatif du rapport de force dans le pays. Une hypothèse « contrariante », convient un Insoumis très haut placé, qui estime que, face à l’inflexibilité du gouvernement, le retrait du texte sera obtenu par « la mobilisation des masses » davantage que par la représentation parlementaire, et qu’il ne sert donc à rien de tenter le diable dans l’hémicycle.

Autre avantage à prolonger les débats pour éviter le vote sur l’article 7 : contraindre le gouvernement à passer soit par ordonnance avec l’article 47-1, soit par le 49-3. Dans les deux cas, la réforme serait alors vécue comme illégitime et le gouvernement sortirait de la séquence durablement affaibli. (...)