Il n’a jamais fait aussi chaud sur Terre qu’en 2023. Les répercussions de telles chaleurs sur les forêts françaises sont majeures, explique Jonathan Lenoir, du CNRS.
(...) dans l’Hexagone aussi, les températures ont été hors normes.
Avec une moyenne annuelle estimée à 14,2 °C, l’année tout juste terminée devrait finir sur la deuxième marche du podium, à l’échelle nationale. « Un hiver doux », « un printemps en dents de scie », « une chaleur exceptionnelle en juin », « une fin août historique » et « un automne aux allures estivales ». (...)
Les répercussions de telles températures sur les forêts et la biodiversité qu’elles abritent sont considérables, explique Jonathan Lenoir, docteur ingénieur en sciences forestières, chargé de recherche au CNRS. (...)
s’ils essuient deux ou trois années compliquées à la suite, cela les affaiblira gravement. Sans défense, ces arbres pourraient alors succomber aux attaques de leurs agresseurs, comme les champignons ou des pathogènes. Le coup de grâce. (...)
J’aimerais bien pouvoir dire que 2023 est une année exceptionnellement chaude, mais ce n’est pas vraiment le cas. Elle suit juste une tendance de hausse des températures déjà observée depuis des décennies. Il faut s’habituer à battre ces records de chaleur presque chaque année. (...)
Le dépérissement forestier, c’est-à-dire la dégradation de l’état de santé des forêts, est un phénomène de plus en plus fréquent. Dans la forêt de Compiègne par exemple, au nord de Paris, certaines hêtraies montrent déjà des signes de faiblesse, face aux changements de conditions climatiques. (...)
Dans le Grand Est, des plantations entières d’épicéas ont été victimes de dépérissement. Pourquoi ? Parce que dans les années 1950, au lendemain de la guerre, ont été plantées des essences absolument pas adaptées au contexte climatique. À celui de l’époque, d’une part, mais encore plus à l’actuel, du fait du changement climatique. (...)
Grâce à la photosynthèse, les arbres transforment l’énergie lumineuse en carbone et la stockent dans le bois. S’ils arrêtent ce processus trop tôt dans la saison pour se mettre au repos, à cause des fortes températures, leur bilan de stockage de carbone sera moins important. C’est un cercle vicieux.
On peut même aller plus loin : le stockage du carbone ne s’opère pas uniquement dans les troncs, les branches et les feuilles. Les sols forestiers y participent aussi. Or, si la canopée est altérée, la litière forestière devient directement exposée à la lumière et à la chaleur. Résultat, la dégradation de la matière organique s’accélère, tout comme le relargage de dioxyde de carbone par les décomposeurs. Tout le cycle du carbone est altéré. (...)
la canopée agit comme un bouclier thermique.
Toutefois, dès lors qu’elle succombe à la chaleur, la biodiversité qu’elle abrite se retrouve affectée. On observe d’ailleurs déjà des phénomènes de migration d’insectes, de mammifères et d’espèces végétales. (...)
Mais ces migrations ne s’opèrent pas aussi vite que le changement climatique.
Des migrations assistées d’espèces commencent aussi à être testées. (...)
Quoi qu’il en soit, la solution la plus rapide et efficace pour soulager les forêts resterait de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C.