L’homme espérait obtenir l’asile en France. Il a été placé dans un avion le 25 juillet pour être renvoyé dans son pays d’origine, où il affirme être recherché. Le ministère de l’intérieur et la préfecture de police de Paris estiment qu’il représentait une « menace grave pour l’ordre public ».
C’est une expulsion qui interroge, et qui s’ajoute au palmarès de la France aujourd’hui. Un ressortissant ouzbek ayant cherché refuge en Europe sans pouvoir y obtenir l’asile a été acheminé vers l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle jeudi 25 juillet au matin. Il se présente comme un opposant politique et risque ainsi de subir la torture, voire la mort, en cas de retour dans son pays d’origine.
Pour dénoncer sa situation, il avait entamé une grève de la faim dès le mois de juin, alors qu’il était enfermé au centre de rétention administrative de Vincennes (Val-de-Marne), en vue de son éloignement. « Mon client est éloigné vers l’Ouzbékistan, pays pratiquant la torture de tous les opposants politiques. La France a transmis aux autorités ouzbèkes des éléments de sa demande d’asile, ce qui est scandaleux et choquant », dénonce Me Samy Djemaoun auprès de Mediapart.
Le plus choquant, explique Me Djemaoun, est que l’intéressé a été expulsé jeudi, « alors même qu’aucun élément de la procédure n’établit la réalité matérielle de cette menace à l’ordre public ». « Il est donc expulsé sur le fondement d’une présumée menace sur laquelle le juge n’aura exercé aucun contrôle », déplore l’avocat.
Dans un courrier, l’association Droits de l’homme en Asie centrale a réclamé « l’annulation de la décision de renvoi vers l’Ouzbékistan du ressortissant [concerné] pour cause de menace grave à sa sécurité et de risque élevé de torture dans son pays d’origine », précisant que ce dernier avait été témoin du « massacre de masse perpétré contre des manifestants le 13 mai 2005 » à Andijan, sa ville d’origine.
« Depuis dix-neuf ans, les participants à cette manifestation, ainsi que les personnes qui en ont été témoins, font l’objet de persécutions et de poursuites répétées de la part des autorités », insiste Nadejda Atayeva, présidente de l’ONG, précisant avoir la certitude que l’homme « est inscrit sur la “liste noire” des services de renseignement ouzbeks, à partir de témoignages obtenus sous la torture ».
Des milliers de réfugié·es de la région d’Andijan ont fui et vivent dans différents pays selon l’ONG. L’homme expulsé jeudi a lui-même dû fuir, à plusieurs reprises, notamment vers la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan. En Ukraine, il était accompagné par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), mais a fini par quitter ce pays au moment de l’invasion russe, au printemps 2022. (...)
« Jusqu’à aujourd’hui, ma mère me dit de ne pas rentrer. Ça fait des années et des années que je suis en fuite. Si je retourne en Ouzbékistan, ça sera parti pour 10 ou 15 ans de prison », a-t-il relaté à l’agent durant l’entretien, évoquant un « enfer » pour décrire sa vie.
« Même si c’est un rejet [de sa demande d’asile – ndlr], la seule chose que je demande est de ne pas m’expulser vers mon pays. Ça fait dix-huit ans que je suis en fuite », conclut-il, avant que l’agent rétorque ne pas être « en charge des procédures d’expulsion ».
La demande a finalement été rejetée le 4 juillet, notamment parce que la description des événements dont il a été témoin n’aurait pas été suffisamment étayée. Dans sa décision, l’Ofpra indique ne pas pouvoir tenir son engagement politique pour « établi ». « Il ne ressort pas de ses déclarations qu’il ait été ou soit actuellement ciblé individuellement par les autorités ouzbèkes », ajoute-t-il plus loin.
Son cas n’est pas isolé. (...)