Sans surprise, le président sortant de Tunisie Kaïs Saïed a été réélu dimanche 6 octobre dès le premier tour, avec un score digne des plus prestigieux dictateurs : plus de 90% des voix. C’est un triste retour en arrière, rappelant quand le dictateur Ben Ali, qui a tenu avec une main de fer la Tunisie de 1987 à 2011, était « élu » avec des scores comparables alors que toute opposition était muselée. Ben Ali avait été chassé par la révolution tunisienne il y a 13 ans. Retour à la case départ.
À noter, le taux de participation est, lui, historiquement faible : 27,7%. (...) La jeunesse a massivement boycotté ces élections en signe de protestation : seuls 6% des électeurs de dimanche avaient moins de 35 ans. (...)
Après s’être octroyé les pleins pouvoirs en 2021, modifié la Constitution et fermé le Parlement, muselé la presse par décret, détruit un à un tous les contre-pouvoirs, enfermé ses opposants, mené une répression raciste sanglante contre les migrants, Kaïs Saïed signe avec ce simulacre d’élection la victoire de la contre-révolution. 13 ans après la Révolution de 2011, la parenthèse démocratique semble refermée, pour un temps au moins.
Le discours de Kaïs Saïed a été fidèle à son image complotiste et perverse : “Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est l’achèvement de la révolution. Nous allons débarrasser le pays des personnes corrompues, des sceptiques et des complots”. (...)
La situation tunisienne démontre une fois de plus que rien n’est jamais acquis, ni les libertés, ni les conquêtes sociales, ni le progrès des droits. Une révolution peut être récupérée et neutralisée, des droits peuvent être supprimés après avoir été concédés, un tyran peut en remplacer un autre. Il ne faut jamais se reposer, aucun pays n’est à l’abri d’un glissement autoritaire.
Seul un peuple en mouvement, puissamment organisé, toujours offensif et bien informé par des médias et de canaux de communication indépendants peuvent empêcher ce genre de retour en arrière. Un constat valable partout, surtout en France.