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Traversées de la Manche : "Le nombre de décès cette année est une tendance très inquiétante"
#Manche #migrants #immigration
Article mis en ligne le 17 août 2024
dernière modification le 14 août 2024

Le nombre de traversées de la Manche augmente depuis le début de l’été, et 25 migrants sont déjà morts en tentant de rallier le Royaume-Uni depuis le début de l’année. La commissaire adjointe chargée de l’état-major zonal de la lutte contre l’immigration irrégulière dans le nord, Mathilde Potel, explique à quels défis sont confrontés les forces de l’ordre. Entretien.

Quand les Français partent en vacances en août, la police aux frontières du Nord, elle, redouble d’activité. Profitant de bonnes conditions climatiques estivales, des centaines de migrants répartis sur la Côte d’Opale tentent de rejoindre le Royaume-Uni en traversant la Manche par bateau. Le 12 août, plus de 18 000 migrants étaient déjà arrivés en Angleterre depuis le début de l’année, en hausse de 9% par rapport à l’année dernière (16 679 le 12 août 2023).

Après un record de 45 000 traversées en 2022, le sujet des small boats est devenu ces dernières années l’une des priorités pour les polices aux frontières française et britannique. Plus de 800 policiers et gendarmes sont ainsi déployés chaque jour autour des plages de la Côte d’Opale pour tenter d’enrayer la dynamique. (...)

De leur côté, les passeurs prennent toujours plus de risques pour éviter d’être interceptés et surchargent les embarcations avec, à la clé, de nombreux naufrages. (...)

De leur côté, les passeurs prennent toujours plus de risques pour éviter d’être interceptés et surchargent les embarcations avec, à la clé, de nombreux naufrages. (...)

Il y a un an et demi, le ministère de l’Intérieur a confié à Mathilde Potel, 30 ans, le soin de coordonner l’ensemble des forces de police, gendarmerie ou douanes dans le cadre de la lutte contre l’immigration irrégulière dans le nord de la France. InfoMigrants est allé la rencontrer à l’hôtel de police de Lille (Hauts-de-France). (...)

InfoMigrants : Depuis le début de l’année, plus de 18 000 migrants ont atteint les côtes anglaises. Comment expliquez-vous cette hausse par rapport à 2023 ?

Mathilde Potel : Il y a d’abord la présence notable des candidats vietnamiens (...)

Donc il y a tout un travail diplomatique, et pas seulement policier, à faire avec le Vietnam et tous les pays qui pourraient potentiellement délivrer des visas. Et ce, pour comprendre pourquoi ce phénomène arrive, que viennent chercher les Vietnamiens en Grande-Bretagne, et pour travailler à la lutte contre la délivrance de faux passeports et de titres de séjour. (...)

Les zones de départ ont-elles aussi évolué ?

La deuxième explication est liée à l’apparition de nouveaux spots de départs qui sont difficilement maîtrisables. On a beaucoup parlé du phénomène de taxi-boat, avec des bateaux mis à l’eau en profondeur. On a eu la Canche, l’Authie, et maintenant le canal de l’Aa qui est un vrai sujet de discussion avec les Britanniques puisque deux personnes y sont récemment décédées, dont une fillette de 7 ans. (...)

Aujourd’hui, le canal reste un des points privilégiés de mise à l’eau des embarcations, ce qui explique aussi que le phénomène migratoire se déporte à nouveau sur le Nord et pas sur le Pas-de-Calais. (...)

Les trois barrages flottants installés sur la Canche (à Étaples), l’Authie (à Quend) et le canal des Dunes (à Loon-Plage) sont-ils efficaces ?

Ça a été très efficace. On a connu des épisodes de dégradation de ces barrages, mais on note vraiment un impact phénoménal. Ça permet de ne pas mobiliser des personnels, et surtout de mettre un coup d’arrêt à l’utilisation de ces canaux. Quand les migrants se rendent compte qu’il faut couper à la disqueuse un barrage pour passer, ils préfèrent tenter par la plage.
On a dénombré près de 600 départs de migrants depuis la Baie de Somme depuis le début de l’année. Est-ce un phénomène que vous surveillez ?

La Somme est ponctuellement utilisée comme spot de départ. On a aussi un dispositif déployé là-bas par la gendarmerie mais les traversées réussites sont très faibles, au nombre de quatre depuis le début de l’année. (...)

Il y a eu 25 décès de migrants sur le secteur maritime depuis le début de l’année, soit deux fois plus que l’année dernière. Comment l’expliquez-vous ?

Le nombre de décès est la tendance la plus inquiétante de cette année. On a un risque qui a été démultiplié et on l’explique exclusivement par le mode opératoire des passeurs qui surchargent les embarcations. (...)

Ensuite, la qualité des matériels n’est pas très bonne, ce qui augmente le risque de naufrage. Surtout, on a des gens qui peuvent connaître des phénomènes de panique, et mourir par étouffement. Aujourd’hui, on ne meurt plus uniquement de noyade mais par la seule présence des autres personnes. (...)

Notre objectif, c’est de juguler le phénomène et de faire en sorte qu’il y ait le moins de mises à l’eau possible. Et on est plutôt satisfait du mois de juillet, car on a amélioré notre taux d’interception alors même que la pression a considérablement augmenté. (...)

À quelles difficultés faites-vous face pour intercepter les livraisons de matériels nautiques sur les côtes ?

On connaît aujourd’hui de nombreux refus d’obtempérer sur les axes qui mènent au littoral. On détecte de nombreux véhicules chargés de matériel nautique et on a relevé depuis le début de l’année une forte tendance des petites mains des réseaux à refuser de s’arrêter et à prendre tous les risques pour éviter d’être interceptées. Certains percutent des véhicules de police, d’autres finissent dans un fossé. C’est inquiétant pour nous parce que ça augmente le risque d’atteinte à l’intégrité physique. (...)

Le nouveau gouvernement britannique veut créer un "commandement d’élite de la sécurité des frontières" pour améliorer la lutte contre l’immigration clandestine. Qu’attendez-vous de cette nouvelle coopération franco-britannique ?

On a un échange permanent avec les officiers britanniques, et même des agents de liaison des deux côtés de la frontière. Mon travail c’est de faire en sorte qu’on échange un maximum avec les Britanniques les renseignements qu’on a en notre possession. Si on a des migrants qui commettent des violences contre les forces de l’ordre sur les plages françaises, et qu’ils arrivent à monter dans les embarcations, je me débrouille pour qu’on puisse communiquer tous les éléments de preuve en notre possession afin que ces auteurs puissent être poursuivis en Grande-Bretagne, et inversement si nous on a des images de barreurs ou de trafiquants. Il faut qu’on puisse faire vivre la coopération bilatérale. (...)

À propos du Royaume-Uni, on observe depuis plusieurs mois un phénomène nouveau : des migrants qui reviennent en France, après avoir réussi la traversée de la Manche, déçus des conditions de vie en Angleterre. Que pouvez-nous nous dire à ce sujet ?

C’est un phénomène qu’on suit et qu’on nomme flux inversé. Il y a à la fois des personnes qui ont traversé la Manche et qui ont fait le choix de revenir en France pour X ou Y raison, mais vous avez aussi des gens, notamment des Pakistanais et Marocains, qui n’ont jamais mis le pied sur le territoire français et qui arrivent en Europe grâce à la délivrance de visas par la Grande-Bretagne, et qui ensuite entrent clandestinement en France.

Il faut tout un travail diplomatique pour comprendre comment ces gens arrivent, et on est très vigilant face à ce phénomène qui est plutôt inhabituel. (...)