Depuis plusieurs mois, les migrants marocains sont de plus en plus nombreux à documenter sur les réseaux sociaux leur traversée à la nage vers l’enclave de Ceuta. Les images de Chaimae El Grini, une Marocaine de 19 ans, tout sourire en combinaison et des palmes aux pieds débarquant sur le sol espagnol, sont devenues virales, cumulant des millions de vues. Une pratique controversée, qui enjolive la réalité et masque les dangers d’une telle traversée.
(...) À l’instar de Chaimae El Grini, les jeunes Marocains – et plus largement Africains – n’hésitent plus à filmer leur tentative de traversée vers le sol espagnol, et à diffuser les images sur les réseaux sous les hashtags "Harragas" (terme qui signifie "brûleurs de frontières" en français et qui désigne les migrants maghrébins) ou "Ceuta". (...)
Les exilés y détaillent tout le processus : préparation du matériel (masque, combinaison, palmes), techniques pour se cacher des policiers marocains, mise à l’eau, parcours effectué à la nage… rien n’échappe aux utilisateurs. Puis, les nouveaux arrivants diffusent des clichés paradant dans les rues de Ceuta, au son de musiques triomphales. (...)
Ces récits enjolivés ne sont pas sans conséquences. En montrant la traversée à la nage vers Ceuta de cette façon, les TikTokeurs omettent de raconter les risques et les drames qui peuvent se produire dans ces eaux. La distance qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain a beau être courte, le trajet n’en est pas moins risqué. Les forts courants et les rochers le long du rivage rendent le parcours particulièrement dangereux.
Sous les publications de Chaimae El Grini, certains utilisateurs l’accusent d’ailleurs d’encourager les Marocains à prendre la mer. Une attaque qu’elle balaie d’un revers de main. (...)
De nombreuses arrivées cet été à Ceuta
Cet été, l’enclave de Ceuta fait face à un fort afflux de migrants irréguliers. Dans la nuit du dimanche 25 au lundi 26 août, quelque 300 jeunes, dont de nombreux mineurs, ont pris la mer dans la nuit, alors qu’un important brouillard s’était installé sur le littoral. Certains étaient munis de flotteurs. La plupart ont été interceptés par la marine marocaine mais environ 80 rescapés ont atteint les eaux espagnoles.
Dimanche matin, les forces de l’ordre espagnoles avaient déjà dû faire évacuer la plage de Tarajal, à Ceuta, après que des migrants marocains, dont de nombreux mineurs, étaient arrivés sur les lieux à la nage, a rapporté El Faro de Ceuta. Les exilés s’étaient mêlés aux plaisanciers sur la plage.
Mi-août, environ 300 autres personnes avaient aussi pris la mer depuis le Maroc pour atteindre Ceuta. (...) (...)