Le siège de la ville syrienne à majorité kurde de Kobané "doit être levé immédiatement", a déclaré samedi la coprésidente du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM), une formation turque prokurde. Elle dénonce une "tragédie humanitaire" dans cette localité frontalière de la Turquie et encerclée par l’armée syrienne.
La situation à Kobané s’est aggravée, passant d’une crise à une "catastrophe mortelle", a déclaré une dirigeante du parti après avoir envoyé une délégation sur place, exigeant la fin immédiate du siège là-bas, ainsi que ceux menés dans le nord et l’est de la Syrie. (...)
Également connue sous le nom d’Ain al-Arab, la ville, qui borde la Turquie au nord, est totalement encerclée par l’armée syrienne. Elle est située à environ 200 km du fief kurde du nord-est de la Syrie.
"L’électricité est coupée, Internet est coupé, l’eau est coupée"
"Le siège, à la fois militaire et humanitaire, de Kobané doit être levé dès que possible", a déclaré la coprésidente du DEM, Tulay Hatimogullari Oruc.
Sous la pression militaire de l’armée syrienne, alors que le président intérimaire syrien Ahmed al-Charaa cherche à étendre son autorité à travers le pays, les forces kurdes se sont retirées ces derniers jours des zones près de Kobané.
Face à l’avancée de l’armée syrienne, les habitants des villages autour de Kobané ont afflué dans la ville, où ils sont désormais bloqués. (...)
Selon le DEM, qui fait état d’une pénurie alimentaire et de médicaments, quatre enfants y sont morts de froid samedi.
La Turquie salue l’offensive syrienne en cours (...)
Kobané est une ville symbole : elle a constitué la première victoire des forces kurdes contre les jihadistes du groupe État islamique en Syrie, après des mois de combats de rue acharnés, qui ont détruit une grande partie de la ville, en 2015.
De son côté, la Turquie considère les FDS comme liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et une menace majeure le long de sa frontière sud.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a salué samedi l’offensive syrienne en cours. (...)
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– (France24)
Face à la répression de Téhéran, les Kurdes d’Iran redoutent le pire
Dans leur violente répression contre les manifestations en Iran, les forces de sécurité ont utilisé des armes semi-automatiques qui n’étaient jusque-là déployées que dans les zones kurdes du nord-ouest du pays, selon Amnesty. Cela pourrait annoncer des jours encore plus sombres pour la minorité kurde d’Iran, longtemps marginalisée, s’inquiètent des spécialistes. (...)
"Les villes persanes ressentent la douleur des régions kurdes"
Pays vaste d’environ 92 millions d’habitants, l’Iran partage des frontières terrestres avec sept pays et abrite une population ethniquement diverse. La majorité perse représente environ 50 % de la population et vit principalement dans la région centrale du pays. L’Iran compte également une minorité azerbaïdjanaise (entre 16 % et 24 % de la population), des Kurdes (entre 10 % et 16 %) ainsi qu’une mosaïque de groupes ethniques plus petits – les Lors, les Arabes ou encore les Baloutches.
Répartis à cheval sur l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, les Kurdes ont une longue et douloureuse histoire de discrimination et de campagnes de répression menées par des régimes installés dans des centres de pouvoir éloignés de leurs régions.
En Iran, l’État a appliqué pendant plus de quatre décennies une politique du "ce qu’il se passe dans le nord-ouest reste dans le nord-ouest", les médias persanophones expliquant au public que les forces de sécurité combattaient des "terroristes" et des "séparatistes" dans les zones kurdes reculées. (...)
En canalisant la colère populaire vers un appel à la grève, les partis kurdes ont contribué à maintenir la population à l’écart de rues, devenues de véritables champs de bataille. Ils ont également reconnu les revendications économiques des bazaaris et de l’ensemble des citoyens iraniens, en frappant le régime là où cela lui fait le plus mal.
Les Kurdes, en particulier, peuvent jouer un rôle crucial dans l’avènement d’un changement politique, affirme Shukriya Bradost : "S’il doit y avoir une force puissante et mobilisée contre le régime iranien, ce sont les Kurdes. L’opposition iranienne peut saisir cette occasion pour s’unir autour des régions kurdes car elles sont les plus mobilisées du pays."
Des élites "conditionnées à penser que tous les Kurdes sont des séparatistes" (...)
Les Kurdes sont qualifiés depuis plus d’un siècle de "plus grand peuple sans État au monde". Pourtant, la communauté internationale a largement échoué à coopérer avec les capitales régionales ou à faire pression sur elles pour s’attaquer aux causes profondes de la question kurde au-delà des frontières.
Depuis la France, Diako Alavi observe l’arrivée de nouveaux acteurs et de nouvelles administrations qui se mêlent aux jeux géopolitiques dans la région – une évolution qui l’inquiète. Lors d’une récente manifestation de l’opposition iranienne devant le Parlement européen à Strasbourg, il a vu certains participants brandir des drapeaux israéliens, ce qui l’a profondément troublé. (...)
De nombreux experts du Moyen-Orient estiment qu’au cours des deux dernières années, Israël a cherché à se positionner comme le défenseur des minorités de la région afin d’affaiblir les États voisins pour des raisons de sécurité. Si beaucoup d’Iraniens s’opposent au soutien de la République islamique à l’"axe de la résistance" en faveur de la cause palestinienne, jugé préjudiciable au bien-être de leur propre population, tous ne soutiennent pas pour autant Israël. Les ouvertures de Reza Pahlavi envers Benjamin Netanyahu ont encore davantage divisé une opposition déjà fragmentée.
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