En Syrie, les forces armées gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, s’accusent toutes deux de violation du cessez-le-feu annoncé mardi 20 janvier au soir. Ces derniers jours, Damas a pris une large partie des territoires jusqu’ici autonomes et gérés par les Kurdes. Face à la violence des évènements de ces derniers jours, la militante pacifiste Alva Ali, fondatrice du Centre Ahisma pour la paix et les droits humains dans le nord-est syrien, craint un retour à la guerre civile.
(...) Alva Ali : La situation s’est profondément aggravée avec les évènements de ces derniers jours. Après des années à vivre ensemble dans la même zone, la confiance entre les deux composantes a été profondément affectée et il y a aujourd’hui une peur accrue des deux côtés.
Les Kurdes craignent des déplacements de masse comme cela a été le cas dans d’autres régions. Ils ont peur de perdre leurs droits, alors 10 000 personnes sont d’ores et déjà arrivées à Kamishli depuis différentes villes pour trouver refuge. La majorité est kurde.
Du côté de la population arabe, il y a la peur d’actes de vengeance, d’être tenue pour responsable des actes de l’armée syrienne. Beaucoup de gens ont changé rapidement leur loyauté des FDS qui comprennent aussi des composantes arabes aux autorités de Damas. Et cela a créé de la colère et de la tension. Aujourd’hui, on voit de nombreux discours de haine des deux côtés. Les gens sont aussi influencés par la propagande et les narratifs politiques. (...)
Il y a aussi des Arméniens, des Syriaques dans le nord-est syrien. Les discours de haine circulent maintenant entre toutes ces communautés. Le conflit n’est plus que politique ou militaire, il est devenu social et est très dangereux pour le futur de la région. (...)
Je suis désolée de le dire, mais aujourd’hui je n’ai plus confiance dans le gouvernement. Il n’a pas eu de réelle mesures concrètes envers les autres parties de la société syrienne. Parallèlement, de nombreux massacres se sont déroulés, sur la côte contre les Alaouites, dans le Sud à Soueïda contre les druzes, à Alep contre les Kurdes. En tant que militant pacifiste, nous demandons systématiquement l’ouverture d’enquête sur ces graves crimes, mais il n’y a jamais de réponse concrète. (...)
. Pour faire confiance à ce gouvernement, il faut savoir comment ils vont gérer toutes ces violences passées.
Mais aujourd’hui, on remarque surtout qu’ils prennent part aux nouvelles violences. (...)
Maintenant des membres de [l’organisation terroriste] État islamique sont dans la nature : la situation est de plus en plus dangereuse. (...)
Nous sommes particulièrement inquiets de violences qui pourraient être commises sur des femmes. (...) il n’y a pas de droits pour les femmes dans ce nouveau gouvernement. Je pense que les jours à venir risquent d’être difficiles pour les Syriennes. (...)
En tant que militante civique, je ne me bats pas uniquement pour qu’il n’y ait pas de guerre. La paix signifie aussi la justice, la reconnaissance de la dignité, des besoins et de l’identité de chaque être humain. (...)
La communauté internationale devrait agir en se basant sur des problématiques humaines, des communautés et pas uniquement sur la politique. Il faut faire quelque chose. Si les choses continuent de cette manière, il faudra beaucoup d’années en plus pour résoudre les problématiques entre les différentes composantes de la société syrienne.