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Suicide à Loon Plage : dans les campements, certains exilés sont "dans une situation désespérée"
#Manche #migrants #immigration #naufrages #suicides
Article mis en ligne le 19 août 2025

Un jeune homme a été découvert pendu, dimanche 17 août en tout début d’après-midi, à Loon Plage dans le Dunkerquois. Si l’identité et le parcours de cet exilé âgé de 20 à 30 ans restent pour le moment inconnus, ce geste résonne avec les difficiles conditions de survie et la détresse dont témoignent de nombreux exilés coincés dans ces campements en attendant de traverser vers l’Angleterre.

C’est un exilé survivant dans l’un des campements de Loon Plage, dans le Dunkerquois, qui a donné l’alerte dimanche midi. Téléphone à la main, l’homme est arrivé sur un lieu de distribution où se trouvaient d’autres exilés ainsi que des associatifs. Sur son écran, "la vidéo d’un homme accroché à une corde", relate Claire Millot, responsable de l’association Salam, à InfoMigrants.

La police et les secours, prévenus dans la foulée, ont constaté la mort par pendaison d’un jeune homme d’entre 20 et 30 ans, précise nos confrères de France 3 Hauts-de-France. Son corps, découvert vers 13 heures, se trouvait dans un endroit à l’abri des regards.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Dunkerque afin de rechercher les causes de la mort. Pour l’heure, l’identité du jeune homme n’a pas été déterminée. "Il était sûrement isolé, car les personnes qui ont donné l’alerte ne le connaissaient pas", observe Amélie Moyart, responsable de la communication d’Utopia 56 sur le littoral. (...)

Une demande a été transmise à la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) du département pour soutenir les exilés ayant fait face à la nouvelle, indique aussi à InfoMigrants Amélie Moyart - sans réponse pour le moment de la CUMP, en ce lundi après-midi.

Au quotidien, le dispositif de soutien psychologique accessible aux exilés dans le Dunkerquois est déjà très restreint. Il existe bien la PASS de Dunkerque, "mais il y a une barrière de la langue terrible. La possibilité d’avoir des interprètes est limitée à certaines langues. Comment faire pour se raconter librement ? Sur Dunkerque, il n’y a pas beaucoup d’autres options", regrette Claire Millot.

"On ne veut pas de moi en France, pas de moi en Angleterre, pas de moi chez moi"

Le lien social est également limité. Le campement de Loon Plage est actuellement "très éparpillé", décrit la responsable associative. Auparavant, sa concentration permettait "un contact facile. La distribution était l’occasion d’aller vers les gens, de parler un peu". Désormais, il s’agit plutôt de plusieurs campements regroupant une poignée de personnes, "très éloignées du point de distribution. Les gens s’éloignent le plus possible des routes carrossables afin d’éviter au maximum la police et les démantèlements. Pour avoir un peu plus la paix", expose la responsable.

Or, la situation sur les campements de Loon Plage, et plus largement sur les campements du nord de la France des candidats à l’exil vers le Royaume-Uni, est précaire et hostile. "Je sais que la traversée est risquée mais ici aussi c’est dangereux : tu peux mourir de froid ou de faim. La vie est dangereuse", confiait Souleymane, un Cap-verdien de 23 ans, rencontré fin 2024 sur ce campement de Loon Plage. (...)

Bien que beaucoup gardent leur détermination pour tenter la traversée, certains exilés "sont dans une situation désespérée", explique Claire Millot. "Récemment, un exilé a dit à l’une de nos bénévoles : ’on ne veut pas de moi en France, pas de moi en Angleterre, pas de moi chez moi. Alors, qu’est-ce que je dois faire ?’. C’est une question angoissante."
Suicides : des cas rares, mais une problématique loin d’être nouvelle

Entre les démantèlements de campements menés par les forces de l’ordre toutes les 48 heures dans le Calaisis et très régulièrement dans le Dunkerquois d’un côté ; de l’autre les interceptions sur les plages et l’accord de renvoi avec le Royaume-Uni récemment entré en vigueur, les exilés se retrouvent pris dans des politiques paradoxales. "On a des tas de gens qui ne peuvent pas rester chez eux, qu’on n’accueille pas en France, tout en les empêchant d’aller en Angleterre : ça ne rime à rien et pour eux, c’est désespérant", contextualise Claire Millot.

La problématique du suicide n’est donc pas nouvelle dans les campements du nord de la France où ces conditions de survie sont difficiles. (...)