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Afrique XXI
Starlink en Afrique, un objet politique et de domination technologique
#internet #starlink #Musk #Afrique
Article mis en ligne le 27 janvier 2026

Parti pris · L’internet par satellite en orbite basse déployée par le milliardaire Elon Musk risque de rendre le continent dépendant. Si ce projet est vanté comme une alternative aux services locaux défaillants, seule une minorité aisée y aura pourtant accès.

Sur le continent, Internet s’est progressivement imposé comme une infrastructure fondamentale de la vie sociale, économique et politique, au-delà de sa seule dimension technologique. (...)

En Afrique, seulement 40 % de la population est connectée, et les disparités sont particulièrement marquées entre les zones rurales et les zones urbaines : les premières ont un taux de connectivité environ deux fois inférieur que les secondes (...)

Présenté comme une solution révolutionnaire capable de connecter les territoires les plus enclavés et où les infrastructures classiques de télécoms sont quasi absentes, Starlink suscite de grands espoirs. (...)

Dans de nombreux pays africains, l’accès à internet demeure marqué par l’instabilité et la rareté. Le cas du Cameroun est révélateur. (...)

À cela s’ajoutent des stratégies tarifaires opaques (...)

Dans ce contexte, Starlink apparaît comme une alternative crédible. (...)

Cela ne signifie pas pour autant que Starlink repose sur une infrastructure simplifiée, mais plutôt sur un système techniquement sophistiqué dont la complexité est déplacée vers l’espace, rendant l’installation au sol plus légère et plus rapide que celle des réseaux classiques. (...)

L’Internet par satellite LEO de Starlink contourne les câbles sous-marins et les réseaux nationaux. (...)

Mais cette fiabilité sélective pose une question centrale : se connecter, oui, mais pour qui ?

Starlink est un objet profondément politique

Si le discours officiel de Starlink repose sur une promesse d’universalité, la réalité est celle d’une inclusion sélective. Avec un kit standard d’installation coûtant environ 370 dollars et un abonnement mensuel variant d’un pays à l’autre (entre 28 et 50 dollars) mais approchant souvent le revenu minimum, Starlink est inaccessible à la majorité des ménages africains. (...)

cette infrastructure technologique globale exerce une influence à distance, sans présence physique ni ancrage institutionnel local, hormis quelques Points de présence (PoPs) à Ikire et Lekki (Nigeria), Accra (Ghana) et Nairobi (Kenya). Des décisions prises aux États-Unis ont des effets immédiats sur les conditions de connectivité et sur l’économie numérique en Afrique, sans véritable mécanisme de redevabilité. Cela soulève des enjeux majeurs de souveraineté numérique. (...)

Starlink ouvre une nouvelle ère de dépendance technologique, masquée par le langage de l’innovation et de l’inclusion.

En Afrique, Starlink n’a conclu des accords formels qu’avec une douzaine de pays, tandis que des négociations sont encore en cours avec plusieurs gouvernements. Dans de nombreux cas, la technologie a toutefois été déployée sans autorisation officielle, suscitant de vives réactions de la part des États concernés. (...)

Dans certains pays, des mesures répressives ont été mises en place pour empêcher l’utilisation de Starlink sans accord formel. (...)

À l’instar de la science ou des systèmes financiers, l’économie numérique dépend d’un Internet digne de confiance pour fonctionner.

Une compétition entre les États-Unis et la Chine (...)

Starlink contribue à restaurer, au moins temporairement, la confiance dans l’accès à Internet et soutient des écosystèmes entiers dépendants de la connectivité.

Cependant, cette reconfiguration soulève des enjeux critiques. Loin d’être neutre, Starlink s’inscrit dans des logiques géopolitiques, commerciales et épistémiques qui déplacent la gouvernance des infrastructures vers un acteur privé, extranational et largement soustrait au contrôle public. La dépendance ne disparaît pas, elle se transforme. La confiance devient alors une expérience marchandisée, déléguée à une entreprise globale, au risque d’effacer les dimensions politiques, historiques et sociales qui fondent la légitimité des infrastructures.

Enfin, l’essor de l’Internet par Satellite LEO s’inscrit dans une compétition géopolitique plus large, notamment entre les États-Unis et la Chine, posant la question du choix des dépendances technologiques futures de l’Afrique (...)

il faut comprendre que Starlink n’est ni un ennemi, ni un sauveur en Afrique. (...)

La question n’est donc pas de savoir si Starlink fonctionne, il fonctionne. La question est de savoir qui décide de l’avenir numérique de l’Afrique, des entreprises en orbite ou des sociétés ancrées au sol.