Pour la troisième fois cette année, le Geo Barents, affrété par Médecins sans frontières, pour secourir les migrants en Méditerranée, a été sanctionné par les autorités italiennes. Rome a immobilisé lundi le navire pour une durée de 60 jours. Infraction reprochée : avoir procédé à un sauvetage en mer sans en avoir informé le centre de coordination de Rome (MRCC) au préalable.
Les autorités italiennes ont émis, lundi 26 août, un mandat de détention contre le Geo Barents, le navire de recherche et de sauvetage affrété par Médecins Sans Frontières (MSF). La raison : violation des règles de sécurité maritime. Le navire aurait dû attendre l’autorisation italienne de procéder à un sauvetage en mer le 23 août.
La sanction est inédite : une immobilisation de 60 jours. Soit deux mois sans pouvoir retourner en Méditerranée porter secours aux embarcations en détresse.
C’est la troisième fois que le Geo Barents est retenu à quai. En février et en mars 2024, il avait déjà reçu un ordre de détention. Mais l’immobilisation avait duré à chaque fois 20 jours. (...)
Selon un communiqué de MSF, cet ordre d’immobilisation a été émis à la suite de plusieurs opérations de sauvetage qui ont eu lieu très tôt le matin du 23 août en Méditerranée centrale. Ce jour-là, le Centre italien de coordination de sauvetage maritime (MRCC), sorte de tour de contrôle maritime, reproche au Geo Barents son manque de communication. "La navire n’aurait pas fourni en temps utile des informations (sur une opération de secours) et aurait mis en danger la vie des gens. Mais MSF réfute ces allégations, qui s’appuient sur des informations fournies par les garde-côtes libyens", lit-on encore dans leur communiqué.
"Sanctionné pour avoir sauvé des vies"
Le Geo Barents dénonce un harcèlement des autorités contre les ONG en mer. (...)
Selon le navire, les autorités italiennes ciblent MSF sur une opération précise : le troisième sauvetage - sur cinq - qui a eu lieu dans la matinée du 23 août. "Cette opération-là a eu lieu après avoir constaté qu’un nombre important de personnes étaient à l’eau à proximité du navire. C’était au milieu de la nuit ; nous avons vu des gens sauter d’un bateau en fibre de verre, tomber ou être poussés à l’eau. Nos équipes n’avaient d’autre choix que d’aller récupérer les personnes et les sortir de l’eau le plus rapidement possible". (...)
Mais selon Rome, le Geo Barents aurait dû attendre le feu vert du MRCC avant de procéder au sauvetage. En théorie, la loi stipule que c’est bien ce centre qui coordonne les opérations de secours. Mais les règles maritimes internationales indiquent aussi que le capitaine d’un navire a le dernier mot en ce qui concerne la sécurité de son équipage et des personnes en danger de mort en mer.
Vent debout contre le décret Piantedosi
Le Geo Barents est surtout vent debout contre la loi italienne qui régit les sauvetages en mer. Connue sous le nom "décret Piantedosi", cette loi est entrée en vigueur en décembre 2022 et est devenue la bête noire des ONG. (...)
Avant la mise en application du décret Piantedosi, les bateaux pouvaient, avec l’aval de Rome, rester dans la zone de sauvetage pour venir en aide à d’autres embarcations en détresse. C’est désormais interdit. "Ce décret contrevient aux lois internationales et européennes, mais aussi aux obligations d’agir lorsque des vies humaines sont en danger", rappelle pourtant Juan Matias Gil, coordinateur des opérations de secours MSF dans le communiqué.
D’autres navires humanitaires immobilisés
Le Geo Barents n’est pas le seul navire humanitaire touché par ces immobilisations forcées. Au mois de mars 2024, le Sea-Eye 4 avait été immobilisé 60 jours. Au mois de janvier, Rome avait retenu à quai l’Ocean Viking, le navire humanitaire de SOS Méditerranée, pour 20 jours. Le navire était accusé de n’avoir pas respecté l’instruction des autorités italiennes de rentrer le plus vite possible après un sauvetage.