Une règle ancienne et inique qui se vérifie encore et toujours dans ce modèle de société : les riches et les puissants d’abord. Les autres ne sont rien, à part de la chair à canon ou à patron, ou à la rigueur des idiots utiles pour soutenir et faire tourner le système qui les broie.
Jeudi 15 août dans la matinée, un appel de détresse a été passé au large de la Corse. Un yacht de 26 mètres était en train de couler après avoir percuté un rocher. L’équipage, composé de 11 italiens, a été rapidement secouru par les Sauveteurs en Mer, qui ont expliqué aux médias : « en arrivant, on voit des radeaux de survie à bord desquels se trouvent des naufragés entassés. Ils ont rapidement été pris en charge ».
Pour secourir le plus efficacement possible les passagers européens de ce navire de luxe, pas moins de quatre bateaux, trois plongeurs et un infirmier ont été dépêchés. Tous les occupants du yacht ont été ramenés indemnes, le jour même, en Sardaigne. Les services de secours ont été d’un professionnalisme et d’une rapidité irréprochable.
Trois jours plus tôt seulement, au large de Lampedusa, en Italie, un double naufrage d’embarcations transportant des exilés faisait au moins onze morts et soixante disparus. Dans la même mer, quelques kilomètres plus au sud. L’ONG allemande ResQship n’a réussi à secourir que 51 naufragés. (...)
Le chercheur camerounais Achille Mbembé a forgé en 2003 le concept de « nécropolitique » : politique de mort. Quand les autorités décident quel type de population laisser mourir et quelle population il faut sauver. Ici, les condamnées sont les populations marginalisées, issues d’anciennes colonies, que l’Europe laisse délibérément se noyer à ses portes, et les vies qui comptent sont celles des privilégiés en vacances sur un yacht, qu’il faut secourir en urgence.