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Rima Hassan et « la drogue » (2) : désinformation de Franc-Tireur et LCI
#RimaHassan #LFI #Palestine #medias
Article mis en ligne le 17 avril 2026
dernière modification le 14 avril 2026

Dans un précédent article, nous sommes revenus sur le fiasco médiatique généralisé autour de la prétendue découverte d’une « drogue de synthèse » dans le sac de Rima Hassan lors de sa garde à vue le 2 avril : un paroxysme de journalisme de préfecture. Alors que les rédactions observaient un silence gêné après avoir largement cotisé à cette séquence de désinformation massive, l’équipe de Franc-Tireur dégaine à retardement et remet dix pièces dans la machine de dénigrement, 24 heures avant que l’on apprenne… le classement sans suite de cette (non-)affaire.

le procédé est éculé, en particulier s’agissant de Rima Hassan et de la question palestinienne en général : entretenir la suspicion et semer le doute.

Dans son édito de Franc-Tireur, Caroline Fourest pousse même un cran au-dessus en faisant comme si « une dizaine d’années » (selon ses propres dires) ne s’étaient pas passées entre les messages (allégués) et l’affaire en cours :

Caroline Fourest : D’autres politiques, pris dans ces affres, admettent généralement un problème d’addiction, promettent de se soigner. Rima Hassan a choisi le déni et l’attaque. La procédure judiciaire en cours est publique et sa mauvaise foi, très politique. Voilà pourquoi nous décidons d’alerter. Pour que le citoyen ne soit pas dupé.

Sans apporter de preuve tangible à même d’étayer un « problème d’addiction » chez Rima Hassan – ni hier, et encore moins aujourd’hui –, Caroline Fourest se contente de laisser courir le bruit en rejoignant de surcroît les deux « affaires ». Deux procédés manipulatoires supplémentaires. (...)

Au moment même où s’accumulent des éléments qui devraient conduire les journalistes à faire profil bas, c’est au contraire la tête haute que Caroline Fourest désinforme. Ainsi répète-t-elle à plusieurs reprises et sans conditionnel qu’« on avait retrouvé de la drogue, pas simplement du CBD mais aussi de la drogue de synthèse dans la valise lors de cette garde à vue de Rima Hassan ». C’était faux. Ainsi soutient-elle, par cinq fois, que « le parquet confirme ». Ce qui est (encore) faux, le parquet ayant communiqué – au moyen d’une formule certes ambiguë [3], mais qui aurait justement dû inciter les journalistes à la prudence – sur la présence de substances « s’apparentant à ».

Rima Hassan dénonce-t-elle des « accusations […] totalement fausses » en évoquant simplement du CBD ? « C’est un mensonge, tonne Caroline Fourest. Depuis on le sait, puisque le parquet a confirmé. » La France insoumise monte-t-elle au créneau et l’avocat Vincent Brengarth dénonce-t-il des accusations au service d’un « récit politique visant encore une fois à atteindre la réputation de Rima Hassan » ? Caroline Fourest parle d’une « petite musique qui est celle du complot politique », celle « que font tous les populistes et les démagogues quand ils sont pris […] la main dans le sac ». Et de condamner : « désinformation » et « manipulation de l’opinion » ! Orwell. Mais personne ne l’arrête (...)

Il en va là, tout bonnement, d’un nouveau naufrage en règle pour Caroline Fourest. Un naufrage dont témoigne également l’éditorial qu’elle signe dans le numéro de Franc-Tireur – « Stupéfiante Hassan » (8/04) – et sur lequel s’appuyait sa chronique de LCI. L’éditocrate n’y allait pas de main morte : « Le fiel factieux est un poison que fabriquent les abeilles de la ruche populiste LFI », débute-t-elle, avant de s’acharner d’emblée contre « la piquante Rima Hassan ». Et d’entretenir la fake news de la « drogue de synthèse » en calomniant, sans trêve ni repos (...)

Accablant. Mais à l’heure où nous écrivons ces lignes, le pamphlet de Caroline Fourest ne comporte pas le moindre erratum, contrairement à celui de Nora Bussigny, qui fut agrémenté d’une « mise à jour » en dépit du fait que, d’après Mediapart, cette dernière « ne renie rien ».

Ajoutons que le tout fut accompagné d’une titraille tapageuse et, sur les réseaux sociaux, d’un montage iconographique (réalisé par l’IA) qui subliment la débâcle… (...)

Et ce n’est pas fini : deux jours plus tard (9/04), Christophe Barbier, membre (lui aussi) de Franc-Tireur, disposant (lui aussi) de son rond de serviette sur LCI, se fend d’un éditorial (lui aussi) accusateur en relayant la fake news. (...)

De Caroline Fourest à Christophe Barbier en passant par Nora Bussigny, l’équipe de Franc-Tireur choisit de booster une fake news au moment même où s’accumulent les éléments devant inciter les journalistes à la prudence… et seulement quelques heures avant que l’ensemble du récit médiatique tombe à l’eau. Cette « affaire » avait beau être frappée dès ses débuts d’invraisemblance, les francs-tireurs y ont vu, au contraire, une « évidence » (Christophe Barbier). Une « évidence » confortée par l’opinion qu’ils (se) font de Rima Hassan… et par la campagne de dénigrement et de délégitimation ayant cours à son encontre, depuis maintenant deux ans, dans la quasi-totalité des médias dominants. Dans le fiasco journalistique d’ensemble, cet épisode est un cas chimiquement pur de désinformation. En dépit de lourds bagages en la matière, les grands médias continuaient jusqu’à présent à dérouler le tapis rouge à Caroline Fourest et consorts. Combien de temps encore ?

Lire aussi :

 (Blast)
Rima Hassan, symbole de la judiciarisation du débat politique

Il faut dire que le ratio des procédures judiciaires portées contre la députée européenne en l’espace de deux ans est impressionnant. Sur seize enquêtes ouvertes par le parquet de Paris, treize ont été classées sans suite. Ce nombre pose question. Pourquoi le parquet continue-t-il d’ouvrir des enquêtes s’il n’y a pas matière à condamnation  ? Ces procédures sont-elles abusives  ? Dévoyées  ? Ou, comme avancé par l’intéressée, politiques  ? (...)

Des réseaux pro-israéliens en première ligne de la judiciarisation du débat

Au-delà du parquet, relevons aussi d’où viennent les signalements et les plaintes à l’origine de ces procédures. Parmi les organisations les plus actives figure l’OJE, l’Organisation juive européenne. L’association se réclame de la lutte contre l’antisémitisme mais aussi plus franchement de la « défense des intérêts d’Israel ». Sa présidente, l’avocate Muriel Ouaknine-Melki, qui s’affiche avec le président israélien Isaac Herzog, semble par ailleurs avoir l’oreille du pouvoir en France. Elle accompagne par exemple le président Macron lors d’un déplacement à Jérusalem en 2020, et est régulièrement consultée par les services de l’État, comme lors des Assises contre l’antisémitisme 2025, organisée par la délégation interministérielle DILCRAH, où elle participe au groupe de travail « Justice » avec la procureure de Paris Laure Beccuau. Tous les ans, l’OJE organise un gala où défilent personnalités politiques et membres du gouvernement  (...)

Et l’OJE n’est pas seule au rayon de cet activisme judiciaire  : derrière les plaintes visant Rima Hassan, on retrouve aussi l’ONG B’nai B’rith, qui revendique sur son site comme missions essentielles «  la lutte contre les haines, en particulier contre l’antisémitisme  » mais aussi «  le soutien à l’État d’Israël  » ; l’OJF (Observatoire juif de France), animé par «  [des] militants qui se refusent de laisser l’antisémitisme et son faux-nez qu’est l’antisionisme gangréner les valeurs de la République  » (sic) ; l’association Avocats sans frontières, fondée par le très droitier Gilles-William Goldnadel ; la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ou encore le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme), régulièrement épinglé pour sa confusion entre antisémitisme et critique d’Israël. Tous ont pris part à des actions juridiques visant la députée.

À ces structures s’ajoutent de nombreux élus du groupe présidentiel — près de cinquante, dont Caroline Yadan, Benjamin Haddad, Prisca Thévenot ou encore Maud Bregeon — qui sont à l’origine de plusieurs signalements contre Rima Hassan, ou de la droite, comme François-Xavier Bellamy, chef de file des Républicains au Parlement européen. (...)

Des procédures politiques  ?

Comme principe fondamental, le code pénal français exige que tout acte de procédure soit « nécessaire et proportionné  ». Le placement en garde à vue d’une parlementaire, reconnue, identifiée et déjà soumise à un suivi public, pour un tweet effacé, répond‑il réellement à ce critère  ? La question dépasse le cas Rima Hassan  : elle touche à la manière dont la justice pénale est désormais mobilisée dans des séquences politiques.

On peut aussi s’interroger sur l’immunité parlementaire, justement conçue pour protéger les élus contre les «  pressions, consistant en des menaces d’arrestations ou de poursuites judiciaires ». Lorsqu’une garde à vue s’inscrit dans une série de procédures répétées, n’est-il pas légitime de se demander s’il s’agit encore d’une mesure de procédure ou d’un outil de dissuasion politique  ? À cela s’ajoutent les soupçons de fuites médiatiques (...)

Lors de sa garde à vue, Rima Hassan est interrogée par les policiers. Les enquêteurs demandent  : «  Qu’est‑ce que vous pensez des valeurs de la République  ?  » Puis  : «  Êtes‑vous de confession musulmane  ?  », «  Quel rapport entretenez‑vous avec l’islam  ?  ». Ce type de séquence n’est pas isolé  : les voix pro‑palestiniennes sont régulièrement confrontées à des interrogatoires du même ordre lorsqu’elles dénoncent les crimes commis à Gaza ou critiquent la politique israélienne.

L’humoriste Guillaume Meurice en a fait l’expérience, interrogé par la police judiciaire après une blague sur Benjamin Netanyahu (...)