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Retailleau sur l’immigration (3/4) : "Expulser plus et régulariser moins", est-ce possible ?
#Retailleau #immigration #regularisations #expulsions
Article mis en ligne le 28 septembre 2024
dernière modification le 25 septembre 2024

Les Français "veulent plus d’ordre dans la rue et aux frontières", a déclaré le nouveau locataire de la Place Beauvau, lundi soir sur TF1. Lors de cet entretien, Bruno Retailleau a demandé aux préfets qui font face à un "désordre migratoire" "d’expulser plus et de régulariser moins". InfoMigrants fait le point.

"Je peux aller assez loin." Le ton est ferme. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a dévoilé une des grandes lignes prioritaires de sa politique migratoire hier soir sur TF1 : éloigner plus de migrants en situation irrégulière hors de France. Pour ce faire, Retailleau a demandé aux préfets de faire davantage, et notamment "d’expulser plus".

Il y a quelques mois, en octobre 2023, Gérald Darmanin, son prédécesseur, avait eu peu ou prou les mêmes mots après l’attentat d’Arras. L’ancien chef de la place Beauvau entendait expulser 100 % des étrangers "considérés comme dangereux". Au lendemain de cette terrible attaque qui avait coûté la vie au professeur Dominique Bernard, le gouvernement avait déjà sollicité les préfets du pays pour qu’ils "réexaminent dans le détail" tous "les cas individuels", "notamment dès lors qu’il s’agit d’étrangers en situation irrégulière". Le ministre de l’Intérieur de l’époque leur demandait d’augmenter les cadences. Mais accroître les éloignements n’est pas si simple à mettre en place.

"Vérifier que l’expulsion répond à l’État de droit"

Déjà, parce que la loi encadre ces éloignements et détermine ce qui est permis ou pas. "Il y a des garde-fous procéduraux. On ne fait pas n’importe quoi, n’importe comment. On respecte une procédure préalable pour vérifier que l’expulsion répond à l’État de droit", rappelait l’année dernière l’avocat Stéphane Maugendre, spécialiste du droit des étrangers à InfoMigrants.

On expulse déjà les délinquants étrangers (...)

"Des préfectures saturées"

Ensuite, Bruno Retailleau a demandé un coup de main aux préfectures. Mais ces dernières sont débordées. Pour rappel, elles gèrent seules les délivrances des Obligations de quitter le territoire français (OQTF), les placements d’étrangers en situation irrégulière dans les centres de rétention (CRA), les assignations à résidence des étrangers qui doivent être éloignés… "Elles sont complètement saturées", déplorait déjà Pierre Moscovici, le Premier président de la Cour des comptes, auditionné en avril 2024 devant la Commission des lois sur la politique française de lutte contre l’immigration irrégulière. (...)

Seuls 5% des détenteurs d’une OQTF sont allés en CRA entre 2029 et 2022, précisait encore Pierre Moscovici. "Et sur ces 5%, la moitié a été renvoyé hors de France." (...)

D’une part, parce que certains étrangers sous OQTF sont inexpulsables, comme les Afghans. La France ne renvoie pas de ressortissants vers ce pays tombé entre les mains des Taliban en août 2021.

Ensuite, parce que de nombreux pays, comme le Maghreb ou des pays d’Afrique subsaharienne, ne délivrent pas toujours de laissez-passer consulaires (...)

Et enfin, plus anecdotique, parce que "certaines compagnies aériennes refusent d’embarquer les expulsés", rappelait aussi Pierre Moscovici. (...)

Au total en France, seules 12% des OQTF sont exécutées, reconnaît le Premier président de la Cour des Comptes.

Reste que les expulsions ont augmenté sous l’impulsion de Gérald Darmanin (...)

"Désordre migratoire"

Retailleau souhaite aussi "réunir dans quelques jours les dix préfets des dix départements où il y a le plus de désordre migratoire pour leur demander […] de régulariser moins". Le lendemain, sur Europe1/CNews, il a également affirmé vouloir revenir sur la circulaire Valls – une circulaire mise en place en décembre 2012 par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur. (...)

Les deux déclarations sont liées car la circulaire Valls a permis de régulariser des dizaines de milliers de sans-papiers ces dernières années. Soit par le travail (sous conditions), soit pour motifs familiaux (étrangers parents d’enfants scolarisés...).

En 2023, la circulaire Valls a conduit à la régularisation de 35 000 sans-papiers, un chiffre stable par rapport aux années précédentes, selon les données de l’Intérieur.

Toutes ces demandes de régularisation ont été étudiées et validées en préfecture. C’est d’ailleurs au préfet que revient la décision finale : il dispose d’un pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire qu’il lui appartient d’accorder ou non un titre de séjour en France, en fonction des éléments d’un dossier, sans justifications. Préfets à qui Bruno Retailleau demande aujourd’hui plus de fermeté.