La répression du régime iranien sur ces citoyens se fait également en ligne. Au-delà de la coupure quasi totale des réseaux internet, l’ONG iranienne Miaan, basée aux États-Unis, rapporte une augmentation de 500 % des demandes d’assistance en cybersécurité. Éclairage d’Amir Rashidi, directeur de la cybersécurité et des droits numériques pour l’ONG Miaan.
Amir Rashidi : Nous gérons un service d’assistance en sécurité numérique, où les personnes à l’intérieur et à l’extérieur du pays peuvent demander toute forme d’aide et de soutien concernant la cybersécurité. Nous publions un rapport tous les six mois. Et à cause de la manifestation de janvier puis après cette guerre, le nombre de demandes d’assistance a augmenté de 500 %, ce qui montre que les gens cherchent désespérément des soutiens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
La plupart des demandes à l’intérieur du pays concernent des personnes qui ont été arrêtées ou dont les appareils ont été confisqués à cause de la manifestation de janvier. Il y a également beaucoup de demandes concernant des journalistes ciblés par différentes tactiques ou des ONG visées par des attaques par déni de service ou du doxing sur les réseaux sociaux. Le doxing consiste à publier des informations privées, en essayant de vous pousser à arrêter ce que vous faites. Cette méthode est d’ailleurs également utilisée par des membres de l’opposition contre d’autres personnes de l’opposition.
Nous avons par exemple assisté une organisation de défense des droits humains basée en France. Leur site web a été ciblé par une attaque de déni de service (...)
Nous collectons des preuves puis les examinons en laboratoire. Nous pouvons également communiquer ces problèmes aux grandes entreprises technologiques, imaginez que vous veniez dire : « mon Gmail a été piraté », alors nous pourrions communiquer ce problème avec Gmail et essayer de vous soutenir. Mais nous ne pouvons pas donner plus de détails sur nos méthodes.
Avez-vous les moyens de faire face à ces attaques ?
Il est très difficile aujourd’hui pour nous d’obtenir des informations à cause de tous les obstacles que le régime a mis en place. Nous savons comment faire, mais nous parlons du pays de 90 millions d’habitants. Nous avons besoin de plus de ressources pour démocratiser les équipements satellitaires Starlink qui nous permettent de contourner les coupures internet, par exemple. Nous avons besoin de plus de ressources. Il faut installer ou tirer parti des infrastructures locales.
Aujourd’hui nos ressources viennent de gouvernements européens, d’ONG, de dons, mais elles sont très limitées. L’Union européenne, le gouvernement français, le gouvernement allemand doivent comprendre quels sont les besoins et comment ils peuvent les soutenir. (...)