Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Politis
Quentin Deranque : ce que cette mort oblige la gauche à regarder en face
#QuentinDeranque #lynchage #extremedroite #antifascisme #gauche #AssembleeNationale
Article mis en ligne le 21 février 2026
dernière modification le 20 février 2026

Après la mort d’un militant d’extrême droite et l’interpellation d’un collaborateur parlementaire, l’émotion submerge le débat public et attise les instrumentalisations. Entre exigence de justice, responsabilité éthique et procès politique fait à la gauche, il convient de refuser les amalgames sans esquiver l’indispensable examen de conscience.

La France traverse l’une de ces heures troubles où l’émotion collective menace d’écraser la lucidité politique. La mort d’un militant est un drame, fût-il d’extrême droite. Toute mort violente l’est. Mais le drame devient politique lorsque sa lecture est confisquée, instrumentalisée, puis retournée contre celles et ceux qui combattent le fascisme depuis toujours.

Dans cette affaire qualifiée par le procureur d’« homicide volontaire aggravé », les mots sont lourds et appellent rigueur et retenue. Rigueur à laquelle ont renoncé, dans une version trumpienne du commentaire politique qui remet en cause l’État de droit, les ministres de l’Intérieur et de la Justice. Pourtant, la justice devra passer. Sans exception. Sans slogan. Sans raccourci.

À gauche, on ne défend pas des personnes contre les principes : on défend des principes, même quand c’est difficile.

Le drame met désormais en cause un collaborateur parlementaire, interpellé dans le cadre de l’enquête. Les circonstances exactes restent à établir, mais l’incident pose immédiatement des questions sur la responsabilité individuelle et éthique de celles et ceux qui occupent des fonctions publiques (...)

Raphaël Arnault, député et employeur, se retrouve confronté à une exigence éthique : non pas juridiquement responsable de l’acte, mais tenu de montrer que la politique ne se réduit pas à la protection automatique des siens. (...)

La France insoumise est aujourd’hui mise à l’épreuve. Non pas coupable par essence, non pas responsable mécaniquement d’un acte individuel, mais sommée de répondre à l’ampleur du soupçon et à la critique interne comme externe. Aucun mouvement n’a raison tout seul. Si certaines accusations sont injustes, excessives ou malhonnêtes, elles ne peuvent être balayées d’un revers de main. Le climat politique qu’elle contribue à produire participe à celui dans lequel ses ennemis prospèrent. Cette lucidité n’exclut pas la solidarité.

Face à cette violence politique, il est vital que toute la gauche fasse bloc.

Ce qui est en jeu dépasse LFI (...)

l’heure exige davantage qu’une contre-attaque : elle appelle une clarification. Il importe de tenir les deux bouts : refuser que la mort de Quentin Deranque serve à disqualifier toute la gauche, et maintenir une critique lucide des stratégies, des mots et des formes de radicalité. C’est à cette condition que la gauche pourra se défendre sans se renier et se transformer sans se laisser détruire.
Responsabilité

Ce qui dépasse ce fait tragique, c’est l’inversion morale banalisée dans le débat public : faire croire que l’extrême gauche – que n’est pas LFI – serait l’équivalent symétrique de l’extrême droite. Mettre sur le même plan un mouvement humaniste, traversé de conflits mais fondé sur l’égalité, et une idéologie totalitaire, raciste et mortifère est une falsification qui prépare les victoires de demain. Dans le même temps, il serait irresponsable de taire le discrédit que certains actes commis au nom de l’antifascisme jettent sur l’ensemble du mouvement et sur toute la gauche. (...)

Enfin, cette exigence est d’autant plus cruciale que le pouvoir en place cède à une stratégie du choc. Au nom de l’ordre et de l’émotion, il multiplie mesures liberticides, restrictions du débat et attaques contre les libertés académiques. Défendre ces libertés, même dans un climat hostile, n’est pas un luxe moral : c’est une responsabilité historique.