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Club de Mediapart/ Simon Duteil Syndicaliste ☆ Alliance écologique et sociale ☆ Prof et parent d’élèves à St-Denis (93) ☆ Historien
Que peuvent les syndicalistes face à l’extrême droite ?
#extremedroite #syndicalistes
Article mis en ligne le 23 février 2026
dernière modification le 17 février 2026

Le syndicalisme a retrouvé une forme de centralité depuis la mobilisation unitaire de 2023 sur les retraites. Mais comment être à la hauteur pour répondre ensemble aux urgences écologiques, sociales et aux menaces d’une prévisible prise du pouvoir d’Etat par l’extrême-droite ? Quelques pistes et propositions d’urgences pour bien commencer 2026.

L’incendie se répand…

Nous sommes au début d’une crise écologique profonde qui provoque des changements environnementaux dans le monde entier, crise liée à la goinfrerie énergétique et à la course aux profits sans limite du capitalisme. Nous commençons durement à en vivre les répercussions quotidiennes.

C’est ce même système capitaliste qui permet aujourd’hui d’accroître les écarts de richesses au profit de l’accaparement de milliardaires pendant qu’une partie croissante de la population, à toutes les échelles, subit la pauvreté, la faim et la dégradation accélérée des services publics les plus basiques comme ceux de la santé ou de l’éducation.

A ce contexte s’ajoutent les conflits militaires (...)

La question de la démocratie qui semblait, malgré toutes ses imperfections, progresser ces dernières décennies subit un net repli avec le retour massif au pouvoir de l’extrême-droite sur l’ensemble de la planète. Là où l’influence de l’extrême-droite progresse, ce sont aussi les systèmes de dominations patriarcales, racistes, lgbtqiphobes et validistes qui se renforcent. (...)

Si l’histoire ne repasse pas les plats, elle nous donne une connaissance profonde de ce à quoi nous aurions à faire face d’un point de vue des grandes orientations, tout comme nous voyons au-delà des particularismes locaux ce qui se passe actuellement des Etats-Unis à l’Inde, de l’Argentine à la Hongrie, de l’Italie à la Turquie...

Les conséquences seront les mêmes qu’ailleurs : politiques discriminatoires et notamment racistes assumées, attaques contre les droits et conquis sociaux, remise en cause de l’Etat de droit, régression des libertés individuelles publiques, stigmatisation et criminalisation du militantisme, attaque contre les droits, libertés et moyens des organisations syndicales, sur fond d’une politique pro-patronale et anti-écologiste violente destinée à sauver les meubles du capitalisme. (...)

La victoire de l’extrême-droite serait une régression sans précédent. (...)

Dans ce scénario de défaite, nous allons devoir consacrer un temps monstrueux à nous défendre, à faire face à une répression et à une criminalisation accrue. Sans alliances, toutes nos structures n’y survivront pas. Nous n’avons aucune idée de ce qu’il faudrait faire pour en sortir.
Le syndicalisme, central pour faire digue

La question brûlante, l’urgence vitale est bien celle de notre capacité à faire face. Si nous partageons le constat de l’urgence, nous devons, nous pouvons trouver les moyens d’une action qui sorte de l’ordinaire.

Regardons les choses en face : après le sursaut général de juin et juillet 2024, nos organisations se sont (re)plongées dans leur fonctionnement quotidien, un peu comme si cette situation n’existait pas. (...)

Le syndicalisme représente aujourd’hui la plus grande force sociale dans ce pays par son nombre d’adhérent.es, son implantation sectorielle et territoriale, ses formations… Il est un outil majeur de mobilisation, de victoires concrètes, de solidarité, d’émancipation, de socialisation positive. (...)

Chaque organisation syndicale a ses spécificités, son histoire. Nous avons besoin aujourd’hui de notre complémentarité, de faire “mouvement syndical”, de rassembler nos forces, pas d’étaler nos faiblesses ou de chercher à faire concurrence à ce qui est souvent le plus proche de nous. (...)

Je faisais partie depuis quelques années des personnes qui pensent que la recomposition syndicale, la capacité de se rapprocher entre différentes organisations, entre différents outils syndicaux, pour discuter de nos points communs et différences, réfléchir à une meilleure articulation et, pourquoi pas, à des rapprochements organisationnels plus profonds, était essentiel pour faire face à l’extrême-droite.

C’est ce que posait Solidaires dans sa déclaration de congrès en 2021 (...)

Ce temps est révolu. Non pas qu’il ne faille pas avoir ces discussions, mais parce que c’est tout simplement trop tard par rapport à 2027. Nous n’avons plus le temps de marcher côte à côte. Nous devons courir ensemble. Et nous devons passer du sport individuel, par syndicat, au sport d’équipe.
Étendre ensuite l’unité à notre écosystème (...)

Il existe un travail de fond depuis des années pour contrer les discours et les pratiques fascisantes et dénoncer l’imposture sociale, comme avec VISA, réseau de vigilance intersyndical contre l’extrême-droite. Ce travail permet d’échanger et d’armer une partie des syndicalistes. (...)

Le syndicalisme, s’il est central parce que le travail l’est dans notre société, n’est pas “à part” et est lié au mouvement social, à la société civile et interagit même avec les organisations politiques. (...)

La même intelligence collective qu’entre syndicats est nécessaire à l’échelle de notre écosystème général qui regroupe très largement au-delà des syndicats et des organisations politiques : collectifs, comités, associations, groupes, parfois informels… (...)

Plus structurellement les regroupements syndicats / associations telle que l’Alliance Écologique et Sociale (AES, avec la Confédération Paysanne, la FSU, Solidaires et les Amis de la Terre, Attac, Greenpeace et Oxfam) ou le Pacte du Pouvoir de Vivre (PPV, avec l’Unsa, la CFDT et notamment Aequitaz, Action contre la faim, ATD Quart Monde, la Cimade, la Fondation pour le logement, la Fondation pour la nature et l’homme, NégaWatt, le Réseau Action Climat France, la Mutualité française et toujours Oxfam) sont ce qui peut permettre de créer une combinaison positive de nos forces, du rapprochement, de la confiance, qui se traduit concrètement, au moins côté AES. (...)

Pour faire mentir les pronostics : des propositions pour l’année 2026

Alors que faire ? Voici quelques pistes qui permettent une mise en œuvre rapide, sans la prétention d’apporter une réponse toute faite, encore moins de donner des leçons aux camarades des différentes forces syndicales. Elles sont complémentaires de l’action quotidienne de défense, de formation, de lutte, de discussions dans nos organisations qui restent centrales et essentielles.

(...)

Rien n’est écrit. Alors ni stupeur, ni résignation.

Que ce soit en pacte, en alliance ou en coalition nous avons l’impérieuse nécessité d’empêcher le pire. Nous pouvons faire la différence, et construire une alternative enviable. Et si ensemble on contre-attaque, on pourrait même y prendre goût et transformer l’urgence en force pour écrire une nouvelle page majeure de l’histoire du syndicalisme.