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Pour ne pas confondre lutte indispensable contre l’antisémitisme et soutien indigne à la politique israélienne
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #cessezleFeu #antisemitisme #islamophobie #AssembleeNationale
Article mis en ligne le 20 janvier 2026
dernière modification le 19 janvier 2026

La proposition de loi « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » portée par la députée Caroline Yadan sera examinée par la Commission des lois de l’Assemblée national ce 20 janvier. Un ensemble de personnalités de la société civile s’alarme des amalgames et des confusions portées par ce texte et appelle les élu·es à le rejeter.

A priori, tout citoyen et toute citoyenne ne peut qu’approuver toute forme de lutte contre le poison du racisme, qu’il s’agisse d’antisémitisme ou de toute autre forme de racisme à l’encontre de quiconque en raison de sa religion, de sa couleur de peau, de son origine. C’est là un principe fondamental de la République, de notre vie en société. Mais est-ce bien de cela qu’il s’agit avec cette proposition de loi ?

S’inquiéter de la montée de l’antisémitisme depuis le 7 octobre 2023 est légitime. (...)

Mais Caroline Yadan omet toute référence à la montée tout aussi inquiétante de l’islamophobie ces deux dernières années, comme si elle devait rester invisible ou n’avait guère d’importance, ni pour les victimes ni pour la cohésion de notre société. Les actes contre nos concitoyens ou concitoyennes musulmanes ont cru de 75% durant les six premiers mois de l’année 2025. Les atteintes aux personnes ont triplé. Les propos hostiles prospèrent en toute impunité, générant un climat suspicieux et agressif incompatible avec les principes de la République. En avril, c’est un jeune musulman, Aboubakar Cissé, qui a été atrocement assassiné du fait de sa foi. (...)

D’autre part, cette proposition de loi s’appuie sur une confusion contestable entre antisémitisme et condamnation de l’État d’Israël et de sa politique. Elle évoque une « nouvelle forme d’antisémitisme », assurant que « la haine antijuive dans notre pays se nourrit de la haine obsessionnelle à l’égard d’Israël, régulièrement délégitimé dans son existence et criminalisé ».

Cet amalgame entre d’un côté le racisme antisémite qu’il nous faut tous et toutes combattre et de l’autre la délégitimation de ce qui fonde la politique israélienne, est non seulement historiquement abscons, politiquement absurde puisqu’il confond racisme et expression d’une opinion politique, mais aussi extrêmement dangereux pour la lutte contre l’antisémitisme elle-même, qui est pourtant un impératif absolu.

Quant à vouloir légiférer sur une hypothétique remise en cause de l’existence de l’État d’Israël, c’est absurde (...)

En postulant que la condamnation d’Israël et de sa politique relèverait de l’antisémitisme, les signataires de cette proposition de loi laissent supposer que les citoyens et citoyennes de confession, de culture ou de tradition familiale juives seraient par nature, par essence, solidaires de cet État et de sa politique. (...)

C’est les considérer comme solidaires d’une politique que tant d’entre eux dénoncent, à la fois comme citoyens et citoyennes et, pour celles et ceux directement concernés, au nom de la mémoire de leurs familles exterminées par les nazis et dont les survivants et survivantes ont juré « plus jamais ça » contre aucun peuple au monde.

On est donc en droit d’interroger les véritables motivations sous-tendues par cette proposition de loi. (...)