Entretien avec le chercheur canadien François Audet, alors que les États-Unis ont annoncé la construction par leur armée d’un port humanitaire flottant au large de Gaza. Une « grande hypocrisie », estime-t-il.
L’ONG américaine World Central Kitchen (WCK) a annoncé mardi 19 mars que les 200 tonnes de vivres, transportées via un couloir maritime depuis le port de Lanarca à Chypre dans le bateau de l’ONG espagnole Open Arms, avaient été acheminées par une agence de l’ONU dans le nord de Gaza, où la situation sanitaire et alimentaire est particulièrement critique.
Arrivé vendredi 15 mars et déchargé au sud de la ville de Gaza, à l’aide d’une barge poussée jusqu’à une jetée construite pour l’occasion, ce bateau est le premier à emprunter un couloir maritime ouvert à partir de Chypre, le pays de l’Union européenne le plus proche de l’enclave palestinienne menacée de famine après cinq mois de guerre.
WCK, qui a pour partenaire les Émirats arabes unis, prépare le départ d’un deuxième bateau via le même couloir, mais les ONG, qui appellent Israël à ouvrir les accès terrestres pour laisser passer massivement l’aide humanitaire, alertent sur l’insuffisance que représentent ces initiatives par la mer. (...)
le chercheur François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires, et de l’Institut d’études internationales de Montréal, dénonce dans un entretien à Mediapart un écran de fumée.
« Les armées sont des organisations outillées, structurées, mais elles ne sont pas des organisations humanitaires, insiste-t-il. Les ONG existent justement pour éviter que ce ne soit pas les mêmes hommes qui tirent des bombes, attaquent des populations civiles et, de l’autre côté, ont la prétention, l’hypocrisie, de vouloir protéger la population. Les deux ne peuvent pas cohabiter. » (...)
François Audet : Nous avons au Canada une expression, « show de boucane », qui signifie faire du bruit pour cacher ce qu’il se passe derrière. Elle s’applique parfaitement à cette aventure de port maritime qui va occuper nombre de médias occidentaux ainsi que le public occidental. Il s’agit là de dévier l’attention en focalisant sur une initiative qui peut paraître louable et séduisante mais qui cache le déni de l’Occident, États-Unis en tête, incapable de faire entendre raison à Israël et de lui demander de cesser de punir et d’affamer une population civile. (...)
C’est d’une grande hypocrisie car la majorité des pays occidentaux soutient politiquement et militairement Israël et, dans le même temps, annonce des programmes humanitaires. C’est particulièrement criant dans le cas des États-Unis (...)
ce qui apparaît de manière flagrante avec ce conflit, c’est l’incapacité des puissances occidentales à faire respecter les normes qu’elles ont mises en place, telle la Convention de Genève. Si on n’exige pas cela de nos alliés, de ceux qui ont signé, l’histoire va continuer à se répéter. La population civile restera la première victime des conflits armés et de la vérité du politique.