Les députés polonais ont approuvé une nouvelle mesure qui autorise les agents en poste à la frontière biélorusse à tirer à balles réelles sur des exilés, en situation "de légitime défense" ou de "manière préventive". La validation de la loi a fait bondir les ONG, qui déplore une situation déjà très tendue dans la zone.
Une étape de plus dans le durcissement de la frontière polono-biélorusse. (...)
Ainsi, le texte exonère de toute responsabilité les agents qui utilisent leurs armes à la frontière, "lorsque la vie, la santé et la liberté des membres des forces de l’ordre sont menacées dans le cadre d’une atteinte directe et illégale contre l’inviolabilité de la frontière de l’État".
La mesure a été validée à 401 voix par les députés. Seuls 17 s’y sont opposés. Le texte doit maintenant être définitivement approuvé par le Sénat. (...)
L’annonce de cette nouvelle loi a fait bondir les associations, qui octroie selon elles aux forces de l’ordre "un droit de tuer", ont-elles dénoncé dans le journal Gazeta Wyborcza.
"Cette loi ne va faire qu’empirer une situation déjà très difficile à la frontière biélorusse, déplore auprès d’InfoMigrants Bartek Rumienczyk, chargée de communication pour l’association Grupa Granica. À cause de la zone tampon, déjà, il nous est impossible de documenter ce qu’il se passe dans la région, y compris la violence exercée par les garde-frontières. Cela va encore compliquer davantage notre travail et rendre la zone plus dangereuse pour les exilés".
Début juin, le Premier ministre pro-européen Donal Tusk a annoncé le déploiement d’une zone tampon de 200m de large sur 60km de long, interdite à toute personne en dehors des forces de l’ordre. Une décision similaire avait déjà été appliquée en novembre 2021 par le précédent gouvernement nationaliste Droit et Justice (PiS), alors que des milliers de personnes tentaient d’entrer dans le pays. (...)
Pour Dinushika Dissanayake, directrice adjointe de la région Europe d’Amnesty international, "ces propositions créent un précédent dangereux pour la réglementation de l’utilisation et de l’abus potentiel des armes à feu en Pologne, s’est-elle inquiétée la veille du vote dans un communiqué. En vertu du droit international […], le recours à la force contre des individus doit être strictement nécessaire et proportionné à la menace posée ; l’utilisation d’armes à feu est interdite sauf dans les situations où il existe une menace imminente de mort ou de blessure grave. Toute tentative des autorités polonaises de porter atteinte à ces principes serait illégale".
Pour la militante encore, "la notion de légitime défense ‘préventive’ n’est pas conforme au droit international et aux normes relatives à l’usage de la force" et "ouvre la porte à toutes sortes de pratiques abusives". (...)
La validation de cette loi intervient dans un contexte très tendu dans la zone. Début juin, un soldat polonais est mort après avoir été poignardé quelques jours auparavant, alors qu’il tentait d’empêcher des migrants de pénétrer sur le territoire polonais près du village de Dubicze Cerkiewne. En mars, trois garde-frontières ont quant à eux été arrêtés, soupçonnés d’avoir fait usage de leurs armes à feu sur des migrants. "Leur arrestation avait suscité de très fortes réactions de la part de l’opposition et créée une polémique dans le pays", rappelle Bartek Rumienczyk.
L’instauration de la nouvelle zone d’urgence rend également opaque le travail des forces de l’ordre à cet endroit, dont les pratiques violentes sont régulièrement décriées par les ONG et les exilés. (...)
Azzedine, un jeune Soudanais installé aujourd’hui à Varsovie, a été ramené à huit reprises côté biélorusse, bien qu’il a, à chaque fois, demandé l’asile. "Les garde-frontières frappent [les migrants], cassent les téléphones et nous aspergent de gaz dans les yeux, a-t-il raconté à InfoMigrants. Je ne m’attendais pas à subir ça. Moi, je voulais juste fuir la guerre, et trouver un pays qui me protège".