Deux semaines après sa réouverture à Saint-Denis, en région parisienne, le centre de santé de Médecins du Monde est quasi-désert. Délocalisée pendant les Jeux olympiques et paralympiques, la structure s’attendait à retrouver son rythme habituel dès le mois de septembre. Or l’ONG constate une baisse de 50% de sa fréquentation. Reportage.
Depuis 2004, le Caso accueille de manière inconditionnelle toutes les personnes en situation irrégulière qui ne bénéficient pas de couverture de santé. Les migrants peuvent ici obtenir gratuitement une consultation médicale ou psychologique. L’ONG aide aussi les exilés à ouvrir leurs droits à l’Aide médicale d’État (AME), et leur fournit une domiciliation.
"Curieusement, il n’y a pas beaucoup de gens"
Ce 1er octobre, la salle d’attente est clairsemée, presque vide. Seule une petite dizaine de personnes ont franchi la porte d’entrée. Quelques chaises sont occupées. En temps normal pourtant, la pièce est saturée de monde et les consultations s’enchaînent toute la journée. (...)
Mais aujourd’hui, on est bien loin de cette effervescence. "Curieusement, il n’y a pas beaucoup de gens", constate aussi Agnès, une bénévole de l’ONG médicale. "J’ai le temps de vous parler mais normalement, je ne peux pas le faire, on a trop de travail."
Le Caso a rouvert le 15 septembre après deux mois et demi de fermeture. Dès le 1er juillet, MdM a délocalisé ses activités dans les villes voisines, à Pantin et Bobigny (Seine-Saint-Denis), pendant toute la période des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. L’ONG a pris cette décision difficile pour ne pas exposer ses patients sans-papiers à la présence massive des policiers – le centre étant situé à deux pas de plusieurs sites olympiques. (...)
Deux semaines après sa réouverture à Saint-Denis, le Caso ne tourne toujours pas à plein régime. L’équipe s’attendait pourtant à être débordée par des personnes ayant renoncé aux soins tout l’été. (...)
Les humanitaires s’inquiètent de voir les migrants s’éloigner du système de soins. "Où sont passées ces personnes ? Se sont-elles résignées en renonçant aux soins par peur des contrôles ? Ne reviennent-elles pas car elles se sont mises entre parenthèses ? Faut-il un temps de réadaptation pour revenir vers nous ?", s’interroge de son côté Dominique, une autre bénévole chargée de l’accueil.
"Les gens ne se déplacent pas"
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette désertion. Ces derniers mois, les associations ont dénoncé à maintes reprises un "nettoyage social" de Paris à l’approche des JO. Des milliers de migrants ont été chassés de la capitale et transférés en région. La plupart ne sont pas encore revenus, selon Utopia 56. (...)
Cela pourrait en partie expliquer la baisse des visites au Caso : les exilés sont pris en charge dans d’autres départements du territoire français. Mais cette analyse ne convainc pas Matthieu Dréan. "En région, le tissu associatif et caritatif est assez inexistant. Les exilés se retrouvent plutôt démunis", explique le responsable. (...)
Qu’en est-il des migrants restés en Ile-de-France cet été ou revenus dans la région ? Pourquoi ne viennent-ils plus consulter dans le centre de Médecins du Monde ? Les humanitaires craignent que les sans-papiers continuent de se cacher, même après les JO. "Les contrôles sont moins massifs mais il y en a toujours. Les gens préfèrent rester le plus discret possible : cela signifie qu’ils ne se déplacent pas, même pour se faire soigner", pense Agnès, la bénévole. (...)
Les besoins sont pourtant là : les épidémies de rougeole, de tuberculose ou encore de coqueluche connaissent une recrudescence en France. Et le froid va amener avec lui son lot de maladies respiratoires. "Il ne peut pas y avoir ’du mieux’. Les gens ne sont pas moins malades", insiste encore la bénévole.
MdM espère que son activité repartira à la normale dans les prochaines semaines, "le temps que les gens reprennent leurs habitudes". Sinon, son défi consistera à trouver d’autres moyens pour renouer le contact avec cette population, de plus en plus isolée voire invisibilisée.