Une reporter d’ICI Normandie a été cyberharcelée après un article sur les débordements de ces banquets financés par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Le directeur de l’information du réseau ICI dénonce la multiplication des intimidations.
C’est le septième cas d’agression d’un de nos reporters depuis janvier 2026. Soit plus d’un par mois, tonne Matthieu Mondoloni, le directeur de l’information du réseau ICI (Radio France). C’est intolérable, indigne d’une démocratie et dans la perspective de la campagne présidentielle de 2027, nous sommes très inquiets pour nos journalistes de terrain qui sont en première ligne. Nous portons plainte systématiquement et ne laisserons rien passer ».
Le 21 avril au soir, une jeune journaliste de la station ICI Normandie a en effet commencé à recevoir des insultes et des menaces sur les réseaux sociaux. « Démissionne sale pute », « une connasse qui fait partie de la même meute d’assassins », « petite dinde », « journaliste collabo »… À la mi-journée, elle avait publié sur le site de la station un article sur les débordements qui avaient eu lieu dans l’après-midi et la soirée du samedi 18 avril, dans les rues de Caen, après un « banquet normand » très arrosé, organisé par le Canon français, association soutenue par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. L’objectif de la journaliste de ICI Normandie : revenir sur les faits, comprendre ce qui s’était passé en reprenant des vidéos et des témoignages de commerçants et Caennais choqués. Elle citait des propos racistes, sexistes, racontait des saluts nazis. Bien que son article s’en tienne aux faits, les commentaires violents se sont accumulés, au fur et à mesure de la soirée.
Cette journaliste travaille en CDD à ICI Normandie. Comme de nombreux pigistes, elle « tourne » sur le planning de Radio France depuis plusieurs années, allant d’une station du réseau à l’autre, et n’est pas encore titularisée. Mais elle a informé sa rédaction en chef des messages reçus sur les réseaux sociaux. Face à la « campagne de harcèlement » qui se densifiait de plus en plus, la direction de la station a décidé d’accompagner sa collaboratrice dans un dépôt de plainte au commissariat. Sa signature a été retirée de l’article pour la protéger. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a publié jeudi 23 avril un communiqué de soutien, soulignant que cette consœur n’avait fait que son travail « avec rigueur et mesure », « en donnant la parole à des témoins de première main, ainsi qu’à des victimes des faits ».
Pour le directeur de l’information du réseau ICI, le cyberharcèlement n’est pas à prendre à la légère. (...)