Alors que le gouvernement prépare une loi d’urgence agricole, plus de 650 experts dénoncent une politique qui privilégie le court terme au détriment de la remise en cause d’un modèle dont les limites sont établies de longue date par la recherche.
Au moment où une nouvelle loi d’urgence pour l’agriculture est annoncée, la France semble rejouer un scénario désormais bien connu. Face à une colère agricole profonde et légitime, la réponse politique privilégie des mesures de court terme, repoussant, une fois encore, l’examen de fond d’un modèle agricole dont les limites sont établies de longue date par la recherche.
Nous, médecins et scientifiques issus de disciplines allant de l’économie à la toxicologie en passant par l’agronomie, prenons aujourd’hui la parole collectivement pour alerter sur le décalage croissant entre l’état des connaissances scientifiques et la fabrique de la loi. Non pour opposer agriculture et environnement, mais pour rappeler la nécessité de les reconnecter, au moment où les orientations politiques adoptées ces dernières années s’éloignent dangereusement de ce que recommande la science.
Destruction de la biodiversité
Le diagnostic est clair. Le système agricole dominant, fondé sur un usage massif d’intrants chimiques et sur des productions standardisées tournées vers l’exportation, affecte à la fois la santé humaine et les écosystèmes, sans pour autant garantir la viabilité économique des exploitations. (...)
Maladies, pollution… (...)
La question de l’eau est emblématique de ce déni. (...)
La science ne dit pas que la transition sera simple, mais que l’inaction coûtera plus cher – en santé publique, en dépollution et en pertes économiques. Ces coûts sont déjà bien réels (...)
Sortir de l’impasse
Surtout, les réponses politiques relèvent de solutions palliatives. Elles apaisent certaines tensions immédiates sans traiter la cause centrale de la crise agricole : la rémunération des agriculteurs. (...)
Des exploitations durablement sécurisées reposent sur des systèmes agricoles qui créent davantage de valeur pour les agriculteurs et réduisent leur dépendance aux intrants coûteux. Diversification des cultures, semis de variétés résistantes, réintroduction de haies, protection des sols : de nombreuses fermes s’engagent déjà dans ces pratiques agroécologiques.
Ce qui fait défaut aujourd’hui, ce ne sont pas les connaissances scientifiques, mais l’ampleur et la cohérence de l’accompagnement économique, technique et politique des agriculteurs.
Apaiser la souffrance agricole est une nécessité. Mais répondre à une crise sociale sans traiter ses causes profondes, c’est préparer la suivante (...)