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Nord de la France : malgré l’ouverture du Plan grand froid, des dizaines de migrants ont passé la nuit sous la neige
#Manche #grandfroid #migrants #immigration
Article mis en ligne le 9 janvier 2025

Le Pas-de-Calais et le Nord ont déclenché le Plan grand froid pour héberger les personnes à la rue alors que ces deux départements étaient en vigilance orange pour des phénomènes de neige-verglas jusqu’à jeudi midi. Si beaucoup de migrants ont passé la nuit dans des hébergements d’urgence ouverts par les préfectures, d’autres ont dormi sous la neige, faute d’avoir été avertis d’un dispositif d’accueil.

(...) Les deux départements étaient, de mercredi 15h à jeudi midi, en vigilance orange neige-verglas, avec des températures négatives. Météo France avait prédit que "sur l’ensemble de l’épisode, les hauteurs de neige prévues sur le nord-ouest du Nord-Pas-de-Calais sont de l’ordre de trois à sept centimètres, localement dix centimètres, en atteignant même très localement jusqu’à quinze centimètres sur le relief du Boulonnais". (...)

Dans ces circonstances, les préfectures ont déclenché le Plan grand froid : dès samedi 4 janvier et jusqu’à lundi 13 janvier pour le Nord, de vendredi 3 à lundi 6 janvier pour le Pas-de-Calais avant de reprendre de mercredi 8 à samedi 11 janvier.

"Beaucoup n’étaient pas au courant" du Plan grand froid

À Calais et Grande-Synthe, où survivent environ 500 migrants, des gymnases ont été ouverts pour héberger les sans-abris. Et pourtant, des dizaines d’exilés ont dû passer la nuit dehors, sous la neige. (...)

"Sur notre ligne d’urgence, on a été contacté par quelque 80 personnes, réunies en petits groupes, qui réclamaient un toit. Elles étaient trempées et n’avaient pas eu accès aux mises à l’abri", indique à InfoMigrants Laura*, coordinatrice de l’association Utopia 56 à Calais.

Comment expliquer que certains exilés n’aient pas pu obtenir une place dans les hébergements du Plan grand froid ? Les associations pointent du doigt les autorités : certes, quelques maraudes des préfectures ont été organisées dans les campements pour avertir les migrants, mais en nombre insuffisant. "Avec d’autres associations, nous avons sillonné les lieux de vie pour prévenir les gens et on a remarqué que beaucoup n’étaient pas au courant de ce dispositif d’urgence", assure Laura. Même son de cloche du côté d’Utopia 56 à Grande-Synthe.

Contactées, les préfectures du Pas-de-Calais et du Nord n’ont pas répondu à nos sollicitations. (...)

D’autre part, les gymnases mis à disposition des personnes à la rue ne sont accessibles qu’à certains horaires, très précis. Passé 17h30 à Grande-Synthe, et 18h30 à Calais, aucun homme seul ne peut accéder aux centres d’hébergements – les familles sont en revanche autorisées à y pénétrer même après les heures d’ouverture.

"Plusieurs personnes se sont présentées après 17h30 au gymnase mais on ne les a pas laissées entrer", signale néanmoins Salomé*, coordinatrice d’Utopia 56 à Grande-Synthe. Des témoignages similaires ont été recueillis par son homologue à Calais.

"Une demi-mesure, pas adaptée à la réalité des conditions de vie" (...)

D’ordinaire, le quotidien des migrants dans les camps du nord de la France est très précaire. Les exilés manquent de tout : de chaussures fermées, de vêtements chauds, de couvertures, de tentes, de produits d’hygiène, de nourriture, d’eau… Alors lorsqu’un évènement climatique de cet ordre frappe la région, leurs conditions de vie se compliquent encore davantage. "Au vue de l’état de la ville, de la neige mouillée sur les trottoirs, je n’ose même pas imaginer sur les lieux de vie. Cela doit être atroce", s’inquiète Laura, d’Utopia à Calais.

Vivre dehors par des températures glaciales augmentent les risques de mourir d’hypothermie. Dans le Nord, deux personnes, dont une sans-domicile fixe, sont mortes en raisons des intempéries, a indiqué jeudi la préfecture dans un communiqué.

Mais malgré cette vague de froid, la politique du "zéro point de fixation" prônée depuis des années par l’État perdure. Mardi, le camp de Loon-Plage, près de Grande-Synthe, a été démantelé par les autorités : les tentes, les sacs de couchage et les effets personnels des habitants ont été saisis. Quelques heures plus tard, les migrants se sont réinstallés au même endroit, mais beaucoup ne possédaient plus de tente pour se protéger, à quelques heures des chutes de neige annoncées. (...)