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Niger : plus de 400 migrants nigériens expulsés de Libye vers le désert
#migrants #immigration #desert #libye #niger
Article mis en ligne le 27 juillet 2024
dernière modification le 26 juillet 2024

Plus de 400 migrants nigériens ont été expulsés mi-juillet depuis la Libye vers le désert du Niger. Arrivées dans la ville de Dirkou après un trajet de près de 1 000km, les personnes attendent maintenant d’être transférées vers Agadez. Cette vague d’expulsions devrait être suivie d’une seconde, également de grande ampleur, selon Alarme phone Sahara.

(...) "On nous a annoncé une vague d’expulsions à partir de la Libye. Ce sont plus de 1 000 personnes qui doivent être expulsées en tout", a précisé à InfoMigrants Azizou Chehou, coordinateur du projet Alarme phone Sahara au Niger.

Interrogée par InfoMigrants, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Niger indique avoir "déjà observé des retours de Nigériens de Libye, mais pas à cette échelle".

Les expulsions de migrants en direction du Niger sont fréquentes mais la plupart ont lieu depuis l’Algérie. Les exilés sont envoyés en plein désert à proximité de la frontière et doivent rejoindre à pieds la ville frontalière nigérienne d’Assamaka. Les expulsions depuis la Libye étaient, jusqu’ici plus rares.

Selon les informations collectées par Alarme phone Sahara auprès de sources locales libyennes, les Nigériens arrivés à Dirkou le 18 juillet ont été arrêtés "en particulier dans la région de Sabah [au centre de la Libye ndlr]", par "les forces du général (sic) Khalifa Haftar", puis conduits à la frontière libyenne. "Les personnes sont entrées au Niger dans des camions de marchandises", affirme Azizou Chehou.

Sur son compte X, l’association a publié des photos montrant une foule de personnes réunies à Dirkou. Cette petite ville d’environ 15 000 habitants compte un centre de transit géré par l’OIM mais il ne compte que 30 places et est déjà complet. (...)

"Pour le moment la situation est sous contrôle mais avec les prévisions que nous avons eues, nous craignons que les choses se dégradent", explique Azizou Chehou. Selon le responsable, les exilés doivent ensuite être transférés vers Agadez.
Reprise du trafic migratoire

Les allers et venues des migrants se sont intensifiés au Niger depuis que la junte au pouvoir a annulé, en novembre 2023, la loi criminalisant les passeurs. (...)

Depuis, à Agadez, grande plaque tournante des routes migratoires ouest-africaines et subsahariennes, le business des passeurs a bien redémarré. Et la ville de Dirkou est partie prenante de cette activité.

Les pick-up ont repris la route vers le nord, direction la Libye, à la vue de tous. Les équipages, enregistrés au préalable auprès des forces de police, rejoignent généralement un convoi militaire hebdomadaire qui fait route vers Dirkou, gage d’une relative sécurité.
Un itinéraire relativement plus sûr

Les passeurs, premiers concernés, mettent en avant cette sécurité offerte aux migrants : les chemins empruntés pour aller en Libye seraient plus sûrs que durant l’interdiction, lorsque les passeurs devaient emprunter des itinéraires officieux.

"Cette loi avait forcé les migrants à prendre des itinéraires toujours plus éloignés" des axes routiers "et plus dangereux", estimait à InfoMigrants Rhoumour Ahmet Tchilouta, qui a travaillé avec l’organisation Border Forensics sur les conséquences de la loi 2015-36 sur la route du désert vers la Libye.

Aujourd’hui, la route vers la Méditerranée est donc plus sécurisée pour les exilés, plus encadrée administrativement, certes, mais sur un périmètre réduit. Une fois passée la frontière nigérienne, la traversée du désert et du Sahel reste hautement dangereuse. Les risques de croiser des groupes terroristes ou mafias locales restent élevés.

Sans compter que la destination finale, Sabah, a la triste réputation d’être un "enfer" pour les migrants qui traversent la ville. Plusieurs témoignages recueillis par l’Organisation internationale des migrations (OIM) et par des médias, dont InfoMigrants, évoquent des marchés aux esclaves dans cette localité du sud de la Libye, incontournable pour remonter vers les côtes. Certaines victimes "qui ne trouvent pas d’acheteur" sont même abattues "d’une balle dans la tête", assurait en 2017 l’agence onusienne.