En Russie, la bibliothèque cesse de jouer les annexes poussiéreuses du passé. Elle sert de salon public, d’atelier, de scène, parfois de bureau partagé. Une fréquentation qui grimpe quand l’institution accepte une idée simple : la visite ne tourne plus seulement autour du prêt. Le ministère russe de la Culture et avance une hausse de 167 % du nombre de visiteurs entre 2020 et 2024.
(...) « Prendre des livres à la bibliothèque, plutôt que les accumuler chez soi, apprend une relation plus réfléchie à la lecture. ». On emprunte, on rend, on circule. Et, détail savoureux, on ne transforme pas son appartement en entrepôt littéraire.
La mue s’inscrit aussi dans une politique urbaine. Sur son portail, la ville de Moscou décrit des établissements reconfigurés en plateformes culturelles : espaces de coworking, ateliers, salles multimédias. La liste des usages aligne conférences, workshops, concerts, spectacles, projections. « Aujourd’hui, elles abritent des espaces de coworking, des ateliers et des salles multimédias. ». (...)
Le « troisième lieu », enfin assumé
Désormais s’emploie explicitement l’idée de « troisième lieu » popularisée par le sociologue américain Ray Oldenburg : ni domicile, ni travail, mais un espace public neutre où l’on se rencontre, où l’on respire, où l’on s’organise. La bibliothèque s’empare de ce rôle sans demander pardon. Elle offre du calme, du Wi-Fi, une table, un agenda. Bref : l’essentiel, sans ticket d’entrée. (...)
Hors de la capitale, la logique s’étend. (...)
Des livres, et l’alibi social
La bibliothèque, dans cette version 2025, combine l’utilitaire et le symbolique. On insiste sur le déplacement des frontières : l’institution « choisit son chemin » et « crée un environnement intellectuel » où l’on lit, mais aussi où l’on se repose, où l’on travaille, où l’on retrouve des amis. « Les bibliothèques ont cessé d’être seulement des gardiennes du savoir et ont choisi leur propre voie. ».
Le phénomène dépasse la Russie. (...)
Moderniser, attirer, puis composer
Derrière l’esthétique « lieu cool », une réalité politique affleure. Le même reportage de SBS rappelle que ces bibliothèques, devenues vitrines locales, subissent aussi des pressions sur les collections et la programmation, dans un contexte de contrôle accru des contenus. Plus le lieu attire, plus il devient stratégique. (...)
Reste un fait têtu : un espace public qui accueille donne envie de rester (...)