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Marie-Claude Saliceti
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Montée de l’extrême droite : « Rien, en histoire, n’est jamais écrit », selon Johann Chapoutot
#extremedroite
Article mis en ligne le 1er avril 2026
dernière modification le 28 mars 2026

Municipales — « Lors de la minute de silence à l’Assemblée, j’ai presque eu un malaise physique », dit l’historien Johann Chapoutot. Il décrit les similitudes entre la montée du nazisme et la période actuelle, marquée par la diabolisation de LFI.

Johann Chapoutot est historien, spécialiste de la montée du nazisme dans les années 1930. Il est l’auteur de Les Irresponsables — Qui a porté Hitler au pouvoir ? (éd. Gallimard, 2025), un ouvrage dans lequel il analyse la succession d’événements qui a abouti à la nomination d’Hitler comme chancelier, le 30 janvier 1933.

"Depuis un moment déjà, et encore plus depuis l’affaire Quentin Deranque à Lyon [1], j’ai l’impression de vivre en stéréo. D’un côté, je travaille sur une période, qui est la montée du nazisme en 1932-1933, et de l’autre, je perçois la minute de silence pour le militant d’extrême droite néonazi, tragiquement décédé, à l’Assemblée nationale. J’entends aussi les différents partis politiques, et notamment le Parti socialiste (PS), qui fustigent les membres de La France insoumise (LFI) en disant qu’ils parlent trop fort, qu’ils sont infréquentables…

En 1932-1933, c’étaient les communistes qui étaient ciblés de cette façon. Ils étaient considérés comme des « exagérés », comme on disait jadis, qui brutalisaient le débat public, qui ne portaient pas de cravate, qui n’avaient aucune idée de la gestion d’un État, des finances publiques… C’était aussi un peu le parti des étrangers, le parti qui soutenait les immigrés, c’est-à-dire les juifs de l’Est. (...)

Pour tout vous dire, le jour de la minute de silence à l’Assemblée, j’ai presque eu un malaise physique. J’ai revu les images du Palais-Bourbon, l’hémicycle tendu de croix gammée, le 28 novembre 1940, pour la conférence d’Alfred Rosenberg, venu célébrer la victoire du nazisme sur la République française. Je me suis dit que c’était la première fois que l’on rendait hommage à quelqu’un qui est lié au nazisme dans cette enceinte depuis 1940. (...)

Une partie du PS semble actuellement faire tout ce que le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, parti socialiste allemand) a fait en 1932-1933, et tout ce qu’il ne faut pas faire. (...)

Les Républicains, et plus largement la droite conservatrice, n’existent plus depuis un moment. C’est un parti zombie. Les vrais acteurs, c’est l’extrême centre et l’extrême droite. Et un extrême centre qui dévale la pente vers l’extrême droite… (...)

Pour moi, le choc a été décembre 2023 : le vote de la loi Immigration où les macronistes ont voté comme un seul homme avec les lepénistes. Mme Le Pen a dit qu’il s’agissait d’une victoire idéologique. Elle avait raison : c’était une victoire éclatante pour son mouvement, ses idées… C’est là que j’ai achevé ma prise de conscience et que je me suis mis à travailler sérieusement sur la période 1932-1933, que je citais souvent comme analogie. (...)

Le regain de l’extrême droite est, au sens littéral, réactionnaire et réactionnel. C’est une panique générale de gens dotés en capitaux divers, dont le monde est ébranlé. (...)

Ce mouvement réactionnaire s’accompagne d’une rhétorique antiscience et climatosceptique, largement partagée par l’extrême droite et l’extrême centre. (...)

L’histoire, c’est la contingence : rien n’est jamais écrit.


image : Toufik-de-Planoise, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons