Du fait de la complexité des démarches, faute d’être suffisamment informés et accompagnés, un grand nombre d’exilés renoncent à se soigner. Après une année d’observation dans les centres de soin de Médecins du Monde, l’ONG témoigne de chiffres accablants : près de 80 % des personnes en situation irrégulière, et même des demandeurs d’asile, n’ont pas de droits ouverts alors qu’ils sont éligibles à une couverture maladie.
Le nouveau rapport annuel de l’Observatoire de l’accès aux droits et aux soins de Médecins du Monde met l’accent sur les "immenses difficultés" rencontrées par les patients en situation de migration pour accéder à leurs droits.
(...) Les médecins enregistrent que 57 % des patients en situation irrégulière ont au moins une maladie chronique. Un besoin de soins "urgents ou assez urgents" a été diagnostiqué pour 40 % d’entre eux. (...)
L’activité principale de Médecins du Monde se concentre dans ses centres d’accueil de soins et d’orientation (CASO). En 2022, la moitié des personnes reçues dans ces CASO étaient en situation administrative irrégulière.
Retard dans le recours aux soins
Ainsi, un peu plus de 4 000 patients en situation administrative irrégulière y ont été reçus en consultation. Au cours de la même année, près de 2 000 patients étaient des demandeurs d’asile.
Lors de ces consultations, les médecins enregistrent que 57 % des patients en situation irrégulière ont au moins une maladie chronique. Un besoin de soins "urgents ou assez urgents" a été diagnostiqué pour 40 % d’entre eux. (...)
Chez les demandeurs d’asile, la situation est peu ou prou similaire. (...)
91 % des personnes en situation administrative irrégulière n’ont pas de couverture maladie
Et pour cause : 91 % des personnes en situation administrative irrégulière n’ont pas de couverture maladie. Or, elles sont 85 % a y être tout à fait éligibles. (...)
seulement 4 % des personnes en situation administrative irrégulière sont hébergées par un organisme ou une association pour plus de 15 jours, note Médecins du Monde. De quoi limiter les possibilités d’accompagnement social et médico-social, pourtant essentielles pour aider à ouvrir ses droits. (...)
Du côté des demandeurs d’asile, deux sur cinq sont sans domicile fixe. Les "dublinés" sont davantage défavorisés dans l’accès à une couverture maladie, observe l’ONG, "parce qu’ils sont moins souvent hébergés et accompagnés pour l’ouverture des droits". (...)
AME : "pas d’abus de droit mais au contraire des risques de renoncement aux soins"
Le projet de loi immigration, qui sera discuté en séance publique au Parlement début novembre, est "source de grandes inquiétudes", s’inquiète Médecins du Monde. Lors du passage du texte en commission au Sénat en mars, un amendement porté par la droite parlementaire visant à supprimer l’AME avait été adopté.
Le texte va encore être modifié ; rien ne dit que cet amendement restera dans le texte de loi final. Mais il est notable que l’AME fait l’objet d’offensives à chaque projet de loi immigration. Or, Médecins du Monde rappelle un constat de terrain : "il n’y a pas d’abus de droit mais au contraire des risques de renoncement aux soins".