En déplacement à la Réunion, le ministre de l’Intérieur a annoncé mercredi avoir donné instruction au préfet de Mayotte de démanteler le camp de Cavani, à Mamoudzou, occupé par environ 350 migrants. Depuis dimanche, les exilés sont agressés chaque soir par des jeunes Mahorais, hostiles à leur présence.
Fin décembre, le tribunal administratif a pourtant refusé l’évacuation de ce campement au motif que "le caractère d’urgence, qui permet de justifier cette démarche, n’a pas été démontré". La justice a ainsi annulé la demande du département, car il n’avait pas anticipé le relogement des centaines de migrants du stade. (...)
Des mises à l’abri sont-elles prévues par le ministre de l’Intérieur ? Difficile de le savoir. Contactée, la préfecture de Mayotte n’a pas répondu à nos sollicitations.
Mais le réseau d’hébergement des demandeurs d’asile est saturé sur l’île : l’association mandatée par l’État chargée de loger ces personnes, ne dispose que de 400 places, en appartement, dans son réseau d’accueil. Trop peu pour héberger l’ensemble des demandeurs d’asile présent dans ce 101e département français.
Une quarantaine de réfugiés "rapatriés dans l’Hexagone"
Faute de solutions, les migrants se sont installés dans le stade Cavani l’été dernier. Au fil des mois, le nombre d’occupants n’a cessé de grossir. Ils sont actuellement quelque 350 à survivre dans le campement, dont de nombreux femmes et enfants. Ils sont originaires de la République démocratique du Congo (RDC), du Rwanda ou de Somalie. (...)
Certains sont arrivés à Mayotte ces derniers mois et attendent la réponse à leur demande d’asile, d’autres ont obtenu le statut de réfugié. Selon Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme à Mayotte, la plupart sont des personnes ayant obtenu la protection en France, qui ne trouvent pas de logement dans le parc privé. (...)
Dans le stade, environ 130 abris sont disséminés sur le terrain. Les exilés s’entassent dans des abris de fortune, faits de bâches usées, de tissus troués et de morceaux de pagne délabrés, ramassés au milieu des ordures de Mayotte. Ils n’ont pas accès à l’électricité ou à l’eau – ils en récupèrent dans des ruisseaux et les caniveaux - et n’ont d’autres choix que de fouiller les poubelles pour trouver de la nourriture. (...)
Ces conditions de vie précaires provoquent l’apparition de maladies : les exilés développent des problèmes de peau et une épidémie de conjonctivite s’est propagée sur le camp, indique Daniel Gros.
À la précarité des lieux, s’ajoute la violence de la population. (...)
Les migrants se terrent dans leurs abris et passent leur soirée terrorisés. "Ça fait quatre jours que je ne dors pas, j’ai très peur. On doit rester sur nos gardes pour se défendre", raconte encore Ferdinand.
Lors de son interview mercredi, Gérald Darmanin a fait part de sa solidarité avec la population mahoraise. "Cette île est la leur. C’est une île française et je les soutiens", a insisté le ministre.