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Alliance Ecologique et Sociale
Lutte pour le commun de l’eau et recul de l’État en Bolivie
#eau #communs
Article mis en ligne le 19 octobre 2025
dernière modification le 14 octobre 2025

Depuis les années 1990 et l’établissement de l’hégémonie mondiale des politiques néolibérales, l’objectif pour faire de l’eau un « bien commun » a été récurrent dans les mouvements sociaux. En 2011, les italiens ont réussi à faire annuler un décret du gouvernement Berlusconi sur la privatisation de l’eau, et le mouvement italien des beni comuni a tenté sans y parvenir à constitutionnaliser les « biens communs ». C’est aussi en 2009 que la Prix de la Banque de Suède en économie a été attribué à Elinor Ostrom pour ses travaux mettant en avant l’importance des institutions de propriété collective gérées par des communautés d’utilisateurs (les communs ou commons) pour la « gouvernance des ressources naturelles »). Cependant, les visions politiques sur la reconnaissance juridique des « biens communs » ou les visions gestionnaires sur les changements à réaliser dans la gouvernance de l’économie apparaissent de plus en plus décalées face à la brutalité des politiques d’expropriations par lesquelles des États-nations et des marchés en mutation rapide croisent leurs intérêts pour déposséder les populations les plus pauvres de l’accès à des sources d’alimentation fondamentales dans un contexte d’inhabitabilité croissante de la Terre.

À ces égards, la « Guerre de l’eau » qui a éclaté à la fin de l’année 1999 en Bolivie et qui a représenté l’une des premières victoires contre une politique de privatisation néolibérale est probablement un conflit cristallisant des enjeux sociaux, politiques et écologiques dont la structure est appelée à se répéter dans d’autres contextes géographiques contemporains. Or ce qui a été marquant est la manière dont les travailleuses et travailleurs boliviens ont dans ce conflit dépassé la revendication d’un service public garanti par l’État, vers celle de l’institution démocratique du droit à prendre directement les décisions quand il est question de choses aussi cruciales que les sources d’alimentation, et vers la création de nouvelles institutions populaires autogouvernées offrant à toutes et les garanties d’accès à l’eau. (...)

Conclusion

Ce que la « Guerre de l’eau » en Bolivie permet de comprendre est que la vision des « biens communs » ou même des « communs » implique la vision d’un État régulateur s’entreposant entre les peuples et les entreprises en vue d’établir un compromis favorable à l’intérêt général, qui en réalité n’est plus de mise. Dans la guerre économique qu’ils se livrent à l’intérieur du marché concurrentiel globalisé, les États se battent pour des intérêts capitalistes qui vont à l’encontre des droits les plus fondamentaux des populations comme l’accès à l’eau potable pour toutes et tous. Faire de l’eau un commun, comme le montre la lutte bolivienne, signifie alors pour les travailleuses et les travailleurs se battre pour obtenir l’autogouvernement démocratique des territoires et des sources d’alimentation qu’il contient par des institutions démocratiques appropriées et autogouvernées. Elle signifie une lutte populaire non pas pour un autre État, mais pour faire reculer l’État devant la démocratie.