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Les Soulèvements de la Terre, le vent nouveau de la lutte écolo
#glaciers #rechauffementclimatique #zad #lessoulevementsdelaterre
Article mis en ligne le 13 novembre 2023
dernière modification le 11 novembre 2023

Depuis deux ans, Les Soulèvements de la Terre sont devenus le fer de lance des contestations écologiques en France. En fédérant autour d’eux, ils ont déjà remporté plusieurs victoires et inauguré de nouvelles formes de luttes.

En deux ans, les Soulèvements de la Terre se sont imposés, de manière fulgurante, comme l’un des mouvements phares de l’écologie politique. Assumant plus de radicalité et plus de conflictualité avec les pouvoirs en place, ils ont réussi à bouleverser les rapports de force jusqu’à infliger, jeudi 8 novembre, un terrible camouflet au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en faisant annuler le décret de dissolution du gouvernement.

Avec son imaginaire subversif, ses modes d’action promouvant le sabotage, ses nombreux relais locaux et sa volonté farouche de ne pas se cantonner à la simple indignation, le mouvement a su créer un engouement inédit autour d’une écologie combative, sans aucun compromis dans la défense de la Terre.

Il a composé des alliances puissantes avec des syndicats, des associations environnementales et des penseurs de l’écologie tout en suscitant un fort écho médiatique. En mobilisant des dizaines de milliers de personnes, il a aussi pu montrer que les actions de masse n’étaient pas forcément incompatibles avec une certaine forme de radicalité. (...)

« Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative » (...)

« On a fait fi des logiques identitaires et articulé nos pratiques » (...)

Après des débuts plus timides et une première phase d’enracinement, le mouvement a véritablement pris de l’ampleur avec la lutte contre les mégabassines. Ce changement d’échelle a aussi été permis par la rencontre avec la Confédération paysanne et le collectif Bassines non merci. La confiance qu’ils se sont accordés mutuellement, l’intelligence tactique et la solidarité dont ils ont fait preuve ont été décisives pour la suite. (...)

Sur la plupart des actions, des campements autogérés se sont montés, avec leur logistique et leur savoir-faire, leurs cantines, leurs chapiteaux, leur base arrière et des centaines de personnes qui prêtent la main.
Assumer le désarmement (...)

Dans le débat public, les néologismes « désarmement » et « manif’action » se sont imposés. Le désarmement est une façon subtile de renverser le stigmate. Il évoque une forme de légitime défense contre des industriels qui nous braqueraient avec leurs armes écocidaires. « La manif’action » permet quant à elle de rompre avec l’idée frustrante d’une manifestation routinière qui aurait pour seule but d’interpeller le pouvoir et de le supplier à agir. (...)

Peu à peu, une hypothèse politique se dessine. Les Soulèvements estiment que « le désarmement sera aux révoltes écologistes du XXIᵉ siècle ce que le sabotage fut à certaines grandes grèves ouvrières du début du XXᵉ siècle, un prérequis autant qu’une colonne vertébrale ».

« C’est une force du mouvement d’avoir toujours su allier des actions de terrain avec une réflexion plus stratégique et théorique », soutient de son côté le dessinateur Alessandro Pignocchi. (...)

« On assiste à l’émergence d’une nouvelle culture de lutte vibrante et ancrée, avec ses chants, sa poésie et son humour, s’enthousiasme l’économiste Geneviève Azam. C’est le retour du sensible en politique ». Les Soulèvements de la Terre l’ont mise en récit. (...)

Pas étonnant que les autorités les aient vite eus dans le collimateur. En novembre 2022, un véritable bras de fer a débuté avec le gouvernement, après que des milliers de personnes aient réussi à envahir le chantier de la mégabassine de Sainte-Soline. Gérald Darmanin les traita d’écoterroristes, des cellules d’enquêtes de gendarmerie et de la DGSI se mirent à les surveiller au quotidien.

L’ennemi public à abattre (...)

Paradoxalement, tout au long de cette séquence intense, Gerald Darmanin, par ses excès, est devenu le meilleur promoteur de la lutte et a fait croître ce qu’il voulait affaiblir. Les Soulèvements se sont retrouvés alors sous les feux des projecteurs et ont rassemblé massivement. 150 000 personnes ont signé leur pétition, des soirées de soutien, dont celle de Reporterre, se sont multipliées sur le territoire et des centaines de comités locaux ont été créés.

En parallèle, au cours des six derniers mois, les victoires juridiques se sont enchaînées : des mégabassines ont été jugées illégales et le projet de la Clusaz a été suspendu. (...)

Alors que la Nupes se déchire et que la CGT a quitté le collectif Plus jamais ça, les Soulèvements de la Terre sont l’un des derniers espaces qui a réussi à rallier les différentes composantes de la gauche, en liant social et écologie, sur une base à la fois offensive et horizontale.

Et si le mouvement s’est sorti une épine du pied, plusieurs embûches l’attendent toujours. La répression continue de s’abattre sur lui et un procès important aura lieu le 28 novembre contre les militants anti bassines.

Le mouvement devra aussi rester inventif et imprévisible, indiscernable pour éviter de tomber dans le piège d’un Sainte-Soline bis et l’étau policier. L’animation de son réseau de comités et sa structuration à l’échelle nationale, voire internationale est également un immense défi. Mais cette partie-là de l’histoire reste encore à écrire.