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SOS Mediterranée
«  Les hommes qui ont été violés n’en parlent pratiquement jamais  » – Anne, médecin
#migrants #immigration #violencesexuelles #sosmediterranee
Article mis en ligne le 1er juin 2024
dernière modification le 30 mai 2024

Depuis 2016, Anne est montée à bord de l’Aquarius puis de l’Ocean Viking comme médecin à de nombreuses reprises. Particulièrement attentive à la détresse des personnes rescapées, elle connaît les signes et symptômes indiquant qu’une personne a été victime de viol. Elle explique ici les enjeux liés aux violences sexuelles envers les hommes.

Si les violences sexuelles à l’encontre des femmes sont quasi systématiques en Libye et lors de leur parcours migratoire, elles concernent aussi beaucoup d’enfants et d’hommes. Le fait d’avoir été violé est tabou pour les hommes et les garçons, et s’accompagne, en plus du traumatisme, d’une énorme part de culpabilité et de dégout de soi-même. Les hommes qui ont été violés n’en parlent pratiquement jamais. En plus des viols et de la torture, les milices libyennes peuvent les forcer à avoir des rapports avec d’autres hommes, des femmes ou des enfants. Beaucoup se croient en partie responsables, damnés pour l’éternité, pensent avoir un dysfonctionnement définitif de leur sexualité et s’imaginent condamnés à ne plus jamais avoir de relations avec une femme…

Même lorsque nous avons une forte suspicion que des hommes ont subi des violences sexuelles, on ne pose jamais la question frontalement. (Il en va de même pour les femmes d’ailleurs). On explique à toutes les personnes rescapées que l’équipe médicale est à leur disposition pour des soins, pour dépister les maladies sexuellement transmissibles et les traiter – ce qui sera souvent la première et parfois la seule approche pour les hommes. (...)

En général, si les femmes acceptent volontiers la référence gynécologique et psychologique, rares sont les hommes à souhaiter une référence médicale en cas de violences sexuelles.

L’équipe propose également à ces victimes de violences sexuelles, si elles le souhaitent, de rédiger, sur un document distinct, un certificat qui documente leur récit et les séquelles physiques et psychologiques constatées. La personne conserve ce document avec elle, confidentiellement. Il lui est expliqué qu’elle pourra présenter ce document lorsqu’elle se sentira en confiance, avec des personnes qui peuvent l’aider à terre. Ces certificats peuvent leur être utiles tout au long de leur parcours, car ils leur évitent de devoir raconter chaque fois les détails d’un récit souvent douloureux, y compris dans une langue étrangère. (...)