Le monde, toujours plus immonde ? Les qualificatifs de la séquence politique que nous traversons, où dans laquelle nous nous installons durablement, si nous voulons être réalistes, sont légions. Une inflation de concepts s’invite et tente d’apporter un éclairage qui se veut toujours plus précis
(...) Néolibéralisme, technoféodalisme, illibéralisme, capitalocène… la liste est loin d’être exhaustive ! (...)
L’accoutumance à l’immonde
Le commentariat et sa mise en scène médiatique obligent à toujours plus d’originalité, de singularité dans le narratif de la situation. Mais cette singularité dont il s’agit ne peut pour autant être radicale, elle doit rester dans l’acceptable, alors qu’il serait nécessaire de sortir des cadres consensuels qui s’imposent à la bien-pensance.
Ces cadres de la bien-pensance sont des œillères mortifères qui nous enferment dans une appréhension manichéenne de la dynamique à l’œuvre. Que sont ces cadres ?
Certains cadres mainstream relèvent de la morale.
Le monde du bien et celui du mal. Le monde du bien aurait pour synonyme « démocraties occidentales » et le monde du mal serait plus multiforme, de régimes populistes, autoritaires, à dictatures, dressant ainsi une échelle de richter dans l’ignominie. Et la cartographie du bien se réduirait à peau de chagrin, excluant de jours en jours, plus de contrées. Mais un Pays qui se verrait retirer cette vertu peut la reconquérir en agissant au mépris du droit international, devenu la véritable girouette des doubles standards. (...)
Au lieu d’imaginer des formes de coopération avec le Sud Global, paradoxalement plus enclin au respect du droit international, nous affichons notre dépendance, notre soumission à l’occident global, devenu l’axe qui relie le Groenland au cap Horn et qui nous met plus bas que terre. (...)
D’autres cadres relèvent des règles d’or de l’économie, de l’économie « orthodoxe ». (...)
On les reconnaît car elles ont toutes pour finalité et comme point commun, la fin de la solidarité, du service public et permettent dans le même mouvement l’accroissement des inégalités et la marchandisation y compris du vivant. (...)
Au lieu de taxer ces pauvres riches afin qu’ils s’inscrivent au sein de la communauté, on traque le fraudeur du RSA.
Prendre la barre pour changer de cap
Deux chantiers s’imposent alors aux démocrates : désacraliser l’économie pour la soumettre à la délibération, en premier lieu et sortir de la morale pour en revenir aux règles de droit, en second lieu. (...)
Le peuple souverain est nu. Il est un pion qui doit travailler plus, s’en remettre à lui seul en cas d’accidents de la vie, et se contenter de la chance qu’il a. Le monde est à feu et à sang, l’uniforme et la fleur aux fusils deviennent son horizon indépassable.
Faisons preuve d’audace (...)
Il s’agit de faire l’inventaire de nos conquis sociaux pour les défendre et imaginer d’autres conquêtes répondant aux enjeux de la société. Pour cela, il faut de l’audace et non de la résignation (...)