Niché à l’est des Caraïbes, l’État aux 15 000 habitants d’Anguilla bénéficie depuis quelques années du marché florissant de l’intelligence artificielle. L’attribution au petit pays, il y a plus de trente ans, du nom de domaine « .ai » permet chaque année au gouvernement de renflouer un peu plus ses caisses.
(...) En 1995, le petit archipel des Caraïbes se dote de son propre nom de domaine. Alors autonome depuis à peine une décennie, le petit pays insulaire se taille une timide place dans le paysage numérique des États. Le Royaume-Uni a déposé son « .uk » en 1985, suivi l’année suivante par le « .fr » de la France. Anguilla adopte de son côté le « .ai ».
Trente ans plus tard, cette décision en apparence anodine permet au gouvernement de générer près d’un quart de son revenu annuel. En cause : la place toujours plus importante de l’intelligence artificielle, propulsée par les mastodontes du secteur comme OpenAI ou Anthropic. (...)
Depuis 2022, le nombre de sites référencés avec « .ai » aurait dépassé le million, estime Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS et docteure en socio-économie de l’innovation. (...)
Bénéficiaire miraculeux de cette hausse subite de la demande pour cette adresse, Anguilla détient un monopole total sur cette « espèce de ressource naturelle numérique » (...)
Ces nouveaux capitaux sont réinvestis dans les services publics et les infrastructures, notamment la construction d’un nouvel aéroport.
Cette aubaine invite pourtant le petit pays à la prudence. (...)
« Des changements de règles du système de nom de domaine (DNS), des pressions géopolitiques, des évolutions importantes des standards du web » sont autant de leviers hors du contrôle d’Anguilla, conclut l’universitaire. (...)
credit image : Sanjay Rao, CC0, via Wikimedia Commons