Pour celles et ceux qui ont vécu la dérive autoritaire de Richard Nixon, la période qui a suivi sa réélection triomphale en novembre 1972 a été effrayante. (Et ce fut un véritable raz-de-marée, avec 60% des voix.) Nixon a rapidement lancé le bombardement brutal du Vietnam pendant la période de Noël et préparé d’autres représailles contre ses « ennemis » dans son propre pays. Bien qu’affaiblis à l’époque, les jeunes du mouvement antiguerre à la guerre constituaient toujours la plus grande partie des 100 000 personnes qui ont manifesté contre son investiture en janvier 1973. Mais, alors même que Nixon semblait être au sommet de sa gloire, le vent avait commencé à tourner. Quelques semaines plus tard, l’American Indian Movement a lancé son occupation historique de Wounded Knee [1]. En mai, le Parti démocrate avait retrouvé une partie de son courage et les audiences du Sénat sur le Watergate étaient en cours. La suite de l’histoire est bien connue.
Aujourd’hui, le vent tourne pour les fascistes trumpistes, bien qu’ils contrôlent (contrairement à Nixon) les trois niveaux du pouvoir du gouvernement et malgré leurs tentatives massives de transformer l’État et la société américaine. En novembre dernier, la victoire électorale de Zohran Mamdani à New York, ainsi que d’autres victoires des progressistes, à Seattle et ailleurs, ont montré non seulement une opposition croissante au trumpisme, mais aussi sa radicalisation
Qu’est-ce qui a mal tourné pour les fascistes trumpistes ? (...)
Niemöller décrivait ce que l’on appelle parfois la « tactique du salami » : diviser ses adversaires en les éliminant un par un, en commençant par les plus détestés.
Mais cela n’a pas été le cas avec le trumpisme en 2025. Les fascistes trumpistes s’en sont pris à tout le monde, partout, en même temps. (...)
Un tel bouleversement, une telle destructivité et une telle brutalité, qui ne se limitent pas à quelques secteurs, mais qui se manifestent simultanément dans de nombreux domaines, constituent un excès qui a même inquiété certain·es partisan·es de Trump. Bien que rien de tout cela ne laisse présager une situation similaire à celle qu’a connue Nixon, contraint de démissionner dix-huit mois après le début de son deuxième mandat, il est clair que l’opinion publique s’est retournée contre Trump, comme le montrent les élections et les nombreux sondages d’opinion qui indiquent que son soutien est inférieur à 40%.
Trois épisodes historiques de répression étatique violente, à l’américaine
La crainte d’une troisième « peur rouge » ou d’une deuxième « rédemption », nom donné par ses auteurs à la violente résurgence de la suprématie blanche dans le Sud dans les années 1870, est grande. Mais sommes-nous vraiment à l’aube d’un événement aussi décisif ? Quelles sont les chances que les fascistes trumpistes parviennent à faire passer leur programme de plus en plus impopulaire, soit par la force, soit en changeant radicalement l’opinion publique en leur faveur ? Puisqu’ils ne semblent pas y parvenir, peuvent-ils instaurer une répression véritablement violente et massive à l’échelle de la société ? Un regard rétrospectif sur l’histoire pourrait nous éclairer à ce sujet. (...)
Ce que nous avons accompli en 2025
Les excès fascistes de Trump ont conduit à un soutien accru pour un large éventail de formes de résistance. Trois d’entre elles se distinguent à la fin de l’année 2025.
Tout d’abord, la défense des immigrants·e a été un moment fort de mobilisation communautaire et de solidarité entre les différentes minorités ethniques. (...)
Les rassemblements du No Kings Day, en juin et en octobre, ont démontré l’ampleur de l’opposition au fascisme trumpiste, y compris dans les petites villes des régions conservatrices du pays. Des marches gigantesques ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes, plus importantes en octobre qu’en juillet. Bien que contrôlés principalement par la coalition libérale Invisible, ces événements n’ont ni exclu les partisan·es de la Palestine ni les militant·es de gauche, loin de là, et ont également vu une forte présence des syndicats.
Mais c’est la double victoire électorale éclatante de Mamdani à New York qui a suscité la plus grande mobilisation dans une seule ville contre Trump (...)
Le danger que le trumpisme puisse encore triompher (...)
l’année dernière a également vu un virage radical vers le trumpisme de la part de nombreux grands capitalistes et entreprises, des milliardaires de la Silicon Valley aux géants de Wall Street. Ainsi, le plus flamboyant d’entre eux, Musk, n’est en aucun cas seul. D’autres ploutocrates n’ont pas exprimé leur soutien ouvertement, mais ont acquiescé plus discrètement. D’autres encore ont pris une direction parallèle (...)
Nous devons poursuivre et approfondir la lutte, en l’élargissant autant que possible tout en continuant à défendre nos principes dans le cadre de cette lutte. En tant que marxistes, nous devons particulièrement mettre en avant les questions de classe, de race/genre/sexualité, d’environnement, d’impérialisme et de libération nationale. Nous devons donc insister pour que l’oppression et la résistance de classe restent au centre, qu’il s’agisse de la défense des travailleurs/travailleuses immigré·es journalier·es ou des fonctionnaires américain·nes plus privilégiés. Nous devons également lutter au sein de nos syndicats et de nos communautés pour l’unité de classe contre le racisme, le sexisme et la xénophobie, afin de saper la base trumpiste. La libération nationale du peuple palestinien, qui lutte pour sa survie face au colonialisme génocidaire israélien, et le droit du Venezuela à maintenir son indépendance contre l’impérialisme trumpiste, ne peuvent être sacrifiés au nom d’une unité « plus large » mythique. Il en va de même pour les personnes transgenres, qui luttent dans le silence, même parmi les progressistes, pour leur survie. La protection de l’environnement ne peut être mise en veilleuse, malgré les appels, même de la part des progressistes, à le faire de manière « temporaire » ou à recourir à l’énergie nucléaire. (...)
Source : Trumpist Fascism : The Worm Turns