Lamine* a 19 ans. Ce jeune Sénégalais vit depuis trois ans en Tunisie. Il raconte que les conditions de vie des migrants subsahariens dans le pays sont de plus en plus difficiles. Notamment dans la région de Sfax où les destructions de campements s’accélèrent. Lamine a tout perdu dans la dernière évacuation de son abri dans le camp du km30.
"Actuellement, je suis dans un village près de Sfax. J’ai trouvé refuge dans une ferme après avoir fui la police. Les propriétaires sont tunisiens mais ils me laissent rester quelque temps. Je vais essayer de trouver un peu de travail ici pour payer mon transport jusqu’à Tunis.
Jusqu’à samedi dernier, je vivais dans une tente que je partageais avec un ami dans le campement du km30. Il y avait entre 100 et 200 personnes dans ce camp et notamment beaucoup de familles avec enfants. Samedi matin, la garde nationale est arrivée sans nous prévenir et ils ont commencé à détruire toutes nos affaires, sans nous laisser prendre quoi que ce soit. Je suis parti juste avec mon téléphone, je n’ai rien d’autre. Et j’ai laissé mon ami là-bas. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. En partant, je suis tombé sur des policiers sur la route, alors je suis parti en courant pour ne pas me faire arrêter et c’est là que je suis arrivé dans la ferme où je suis.
Depuis l’évacuation du centre-ville de Sfax durant l’été 2023, les migrants qui souhaitent rester dans cette région pour tenter de prendre la mer vers l’Europe vivent dans des campements de fortune au milieu des oliveraies qui entourent la ville de Sfax. Ces campements s’égrènent le long de la route qui relie Sfax à Jebeniana et chacun a pris le nom de la borne kilométrique la plus proche. Contraints de vivre dans le plus grand dénuement, les exilés n’ont accès ni à l’électricité, ni à l’eau potable, ni à des sanitaires.
Jusqu’ici, les campements étaient généralement détruits toutes les deux ou trois semaines. Mais maintenant, les campements sont détruits toutes les semaines. C’est très difficile de récupérer nos affaires pour reconstruire des abris. La garde nationale brûle tout, donc on doit toujours chercher d’autres affaires pour construire des abris comme du bois, des draps, des clous, des bâches en plastique... Ce sont les Tunisiens qui viennent nous vendre tout ça mais pas au prix normal, on paye toujours les choses plus cher ici.
Même pour la nourriture, on ne nous laisse pas acheter ce qu’on veut. Certains magasins ne nous laissent pas entrer et d’autres, si par exemple on veut acheter du couscous, ne nous laissent pas acheter plus d’un paquet.
En février 2023, le président tunisiens Kaïs Saïed a prononcé un discours dans lequel il accusait les migrants subsahariens de servir ’un plan criminel pour changer la composition du paysage démographique en Tunisie’. Ce discours a été à l’origine d’une vague de racisme envers les personnes noires en Tunisie. Dans la foulée, il a été interdit aux Tunisiens de louer des logements et d’employer des Subsahariens.
Racisme et violences entre Subsahariens (...)
C’est très difficile pour nous de travailler parce que souvent les Tunisiens nous emploient, mais à la fin du mois ils refusent de nous payer. Mais on n’a pas le choix pour essayer de gagner un peu d’argent. Je pense rester quelque temps à Tunis puis revenir à Sfax pour essayer de traverser la Méditerranée.
Ma mère et mes sœurs sont toujours au Sénégal. Ma mère est au courant de toute ma situation. Elle est très inquiète mais elle me pousse à poursuivre parce que si je rentre au pays, il n’y a absolument rien pour moi là-bas."