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La Grèce condamnée par la CEDH pour la mort d’un mineur irakien tué par balle en mer Égée
#Grece #CEDH #migrants #immigration
Article mis en ligne le 28 mars 2025
dernière modification le 26 mars 2025

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné mardi la Grèce après le décès d’un mineur Ameer Mokhlas, mortellement touché par le tir d’un garde-côte grec, en 2015 en mer Égée. Elle estime que les gardes-côtes grecs n’ont pas fait preuve de la "vigilance requise" lors du contrôle d’un bateau en mer.

(...) La Grèce a été condamnée, mardi 25 mars, par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) après le décès d’un mineur irakien lors d’une opération d’interception d’un bateau de migrants, le 29 août 2015. Ce jour-là, Ameer Mokhlas a été mortellement touché par un coup de feu tiré par un garde-côte alors qu’il se trouvait sur un yacht battant pavillon turc qui transportait illégalement des migrants près de l’île grecque de Symi.

Un navire de la garde côtière s’était approché pour réaliser un contrôle, mais l’intervention a dégénéré. Selon le gouvernement grec, un garde-côte aurait alors accidentellement tiré un unique coup de feu et visé le pied d’un des passeurs. Ameer Mokhlas, qui se trouvait dans la cale du bateau, aurait ensuite été retrouvé inconscient, sans doute après avoir été touché par la balle à travers le plancher du bateau.

Selon les requérants (les parents de garçon décédé), la version diffère : "L’agent incriminé ’a tiré deux fois, et non pas une fois, et […] Ameer Mokhlas n’a pas été ’retrouvé inconscient’, comme le soutient le gouvernement, mais […] il a été ’abattu’", lit-on dans l’arrêt.

Pour la Cour, qui siège à Strasbourg, l’enquête des autorités grecques "comportait de nombreuses lacunes qui ont conduit notamment à la perte d’éléments de preuve, et qui ont affecté le caractère effectif de l’enquête, laquelle en particulier n’a pas permis d’établir les circonstances exactes dans lesquelles le décès de Ameer Mokhlas était survenu et d’identifier et - le cas échéant - de sanctionner les responsables" (...)

Dans sa conclusion, la CEDH considère que la Grèce aurait dû faire preuve de davantage de prudence. "Avant de procéder aux tirs d’immobilisation et d’arrêter les skippers, les garde-côtes n’ont pas pris en compte l’éventualité qu’il y avait d’autres passagers à bord du yacht et [ils] n’ont dès lors pas fait preuve de la vigilance requise pour s’assurer que tout risque pour la vie serait réduit au minimum".

80 000 euros pour dommage moral

"La Cour ne perd pas de vue que la pratique consistant à tirer dans une telle situation, à savoir dans un yacht bondé, dans lequel se trouvaient des personnes ayant cédé à la panique, est extrêmement dangereuse", peut-on encore lire dans l’arrêt.

Le bateau transportait au total 93 migrants. La Cour a estimé, à l’unanimité, qu’il y avait eu violation de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme relatif à l’enquête, ainsi qu’au droit à la vie. La Grèce doit verser conjointement aux requérants 80 000 euros pour dommage moral.

La violence des autorités grecques a été souvent pointée du doigt ces dernières années par les médias et les ONG. (...)